L’invasion de l’Afghanistan en 2001 a rapidement renversé le gouvernement taliban. Al-Qaïda a été dispersée et les talibans ont perdu le contrôle. Toutefois, la coalition dirigée par les États-Unis était encore bien loin d’avoir le contrôle de l’Afghanistan. À bien des égards, la guerre ne faisait que commencer.
Contrôler Kandahar
Au départ, la participation du Canada à la guerre s’est limitée au soutien aérien et naval. Un petit contingent des forces spéciales était sur place en décembre 2001. Cependant, dès février 2002, des contingents plus importants de forces de combat ont commencé à débarquer à l’aérodrome de Kandahar.
Un groupe de combat dirigé par le 3e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (3e PPCLI) a d’abord été déployé pour sécuriser le périmètre de l’aérodrome. L’aérodrome de Kandahar allait devenir une plaque tournante essentielle du transport et des opérations de la coalition internationale.
Le déploiement initial était prévu pour une durée de six mois. Or, le commandant, le lieutenant-colonel Pat Stogran, ne se faisait déjà aucune illusion, la mission ne serait pas de courte durée : « J’ai dit aux troupes dès le début : “Ne pensez pas que ce sera une tournée de six mois. On pourrait rester ici un an ou… bon, qui sait. Habituez-vous à ce mode de vie.” On ne savait pas quand ça finirait; et on ne l’a pas su pendant très longtemps. »
Les troupes canadiennes ont également été appelées à appuyer les opérations de combat menées contre les derniers éléments des talibans et d’Al-Qaïda ailleurs en Afghanistan.
Ces troupes canadiennes faisaient partie d’un groupe américain plus vaste, appelé la Force opérationnelle Rakkasan. Pour la former et pour collaborer efficacement, différentes armées nationales ont mis en commun et harmonisé leurs structures de communication et de commandement.
Des militaires du PPCLI patrouillent à Kandahar, en mars 2002.
Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–011_patrol2. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne
Des militaires de la Compagnie Bravo du 3e PPCLI relèvent la Charlie Company, 101st Airborne Division, à l’aéroport de Kandahar, le 12 février 2002.
Photo : Sergent Gerry Pilote, DGAP/Caméra de combat J5 AP © Tous droits réservés. ISD02-3020 reproduit avec l’autorisation du MDN/FAC (2026).
Opération Anaconda
En mars 2002, cinq membres de l’équipe canadienne de tir d’élite ont quitté l’aérodrome de Kandahar pour participer à l’opération Anaconda. Cette opération a opposé les forces alliées américaines et afghanes aux forces ennemies qui se sont apparemment retranchées dans la vallée de Shah-i-Kot, au nord-est de Kandahar.
Du souvenir de Pat Stogran, « l’opération Anaconda visait à anéantir les méchants, et ils étaient bien préparés et retranchés, prêts à livrer une bataille acharnée contre les forces américaines ».
Les militaires du Canada ont apporté un soutien tactique essentiel aux forces américaines au cours de l’opération. L’une de ces personnes, le caporal Rob Furlong, a réalisé un tir record, atteignant une cible située à 2 430 mètres. Le succès des spécialistes de tir d’élite a constitué un exemple prometteur d’une collaboration efficace entre ces forces militaires. Par la suite, en reconnaissance de leur contribution, les États-Unis ont décerné aux membres de l’équipe de tir d’élite du Canada la Médaille de l’Étoile de bronze.
Le fusil de précision MacMillan TAC 50 de Rob Furlong est exposé au Musée canadien de la guerre.
Musée canadien de la guerre, 20080103-001
À la mi-mars, le Canada a participé à un assaut héliporté dans une région montagneuse connue sous le nom de « Whale’s Back » (le « Dos de la Baleine »). Le 3e PPCLI s’est joint à l’American 10th Mountain Division dans les hauteurs surplombant la vallée de Shah-i-Kot. L’attaque, que les forces canadiennes ont baptisé « opération Harpoon », est soigneusement planifiée, coordonnée et exécutée.
Mais une fouille minutieuse du flanc de la montagne a permis de constater que tous les ennemis, à l’exception d’une poignée d’entre eux, s’étaient déjà retirés. Un bref échange de tirs entre les résistants et les forces américaines a eu lieu. L’opération Harpoon a été moins dangereuse que prévu.
Des militaires du Canada montent à bord d’un hélicoptère pour quitter le Whale’s Back, le 17 mars 2002.
Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–011_leaving2a. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne
Tirs fratricides à la ferme Tarnak
La collaboration étroite observée dans le cadre des opérations Anaconda et Harpoon allait toutefois bientôt être éclipsée par un tragique incident de tir fratricide. Tard dans la soirée du 17 avril 2002, des militaires du Canada effectuaient un exercice de nuit dans un centre appelé la ferme Tarnak, situé près de Kaboul. Autrefois utilisé pour l’entrainement par Al-Qaïda, le site servait alors aux mêmes fins pour les États-Unis et les forces alliées.
Le major Harry Schmidt, de l’US Air National Guard, avait été déployé dans le cadre du soutien aérien américain à la guerre en Afghanistan. Il pilotait un F-16 au-dessus du site d’entrainement lorsqu’il a aperçu des tirs en contrebas. Il s’agissait d’un exercice des troupes canadiennes, mais le major Schmidt en est arrivé à la conclusion que son ailier était pris pour cible par les tirs ennemis. Bien qu’il ait reçu l’ordre de ne pas tirer, Schmidt s’est empressé de larguer une bombe de 500 livres sur le champ de tir.
Quatre militaires du Canada ont perdu la vie, et huit autres ont subi des blessures. Le personnel médical américain et canadien a travaillé de concert dans l’hôpital de campagne de fortune de Kandahar pour sauver autant de vies que possible après l’attaque. Les Canadiens qui ont perdu la vie sont le sergent Marc Léger, le caporal Ainsworth Dyer et les soldats Richard Green et Nathan Smith.
Comme la ferme Tarnak était un lieu d’entrainement bien connu et très fréquenté, cet incident a créé une onde de choc. Les tirs fratricides sont un risque omniprésent dans le chaos du combat, mais la ferme Tarnak se trouvait loin des lignes de front. Comme l’a déclaré à l’époque l’adjudant William « Billy » Bolen, qui travaillait en étroite collaboration avec le sergent Marc Léger : « Je craignais les tirs amis, mais pas dans les exercices d’entrainement. Peut-être sur le Whale’s Back, mais pas… pas ici. »
Des militaires du Canada pendant un exercice de tir réel à la ferme Tarnak, le 2 avril 2002, moins de deux semaines avant l’incident de tir fratricide.
Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–011_action5. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne
Au grand dam et à la grande colère de nombreuses personnes au Canada, le major Schmidt n’a montré que peu de remords : « Ce type qui a invoqué la légitime défense et qui, par la suite, n’a pas voulu reconnaitre son erreur, ça m’a vraiment énervé, a raconté Pat Stogran. En temps de guerre, des fois, les choses vont mal. Mais ça m’a vraiment contrarié qu’il refuse d’admettre : “Oui, on a fait une erreur.” »
Ces décès ont été les premières pertes du Canada dans la guerre en Afghanistan. L’incident a porté un coup dur au moral des forces canadiennes, même si elles ont continué à collaborer étroitement avec les forces américaines.
Les militaires du Canada ont rendu un dernier hommage à leurs disparus lors d’une cérémonie émouvante qui s’est déroulée à Kandahar. Les troupes se sont rassemblées pour saluer les défunts à cette première étape de leur retour au pays, où leurs dépouilles seraient rendues à leur famille, un peu partout au Canada. Il s’agissait de la première d’une longue série de cérémonies de ce genre.
Ces décès ont également fait l’objet d’une vaste couverture médiatique. Une cérémonie commémorative diffusée à la télévision nationale s’est tenue devant une foule de 16 000 personnes au Skyreach Centre d’Edmonton, où la gouverneure générale Adrienne Clarkson de l’époque a rendu hommage aux victimes. Pour la population canadienne, il s’agissait d’un rappel choquant des risques de la guerre.
Claire Léger, mère du sergent Marc Léger, qui a été tué à la ferme Tarnak. Elle s’adresse aux médias à l’issue d’une audience consacrée à l’incident survenu à la base aérienne de Barksdale, en Louisiane, en janvier 2003.
Photo : Sergent-major Michael A. Kaplan, USAF, https://catalog.archives.gov/id/6632867
La bataille de Tora Bora
Malgré l’effondrement rapide du gouvernement taliban et la dispersion d’Al-Qaïda en octobre et novembre 2001, Oussama ben Laden avait réussi à échapper à sa capture. Dans les dernières semaines de 2001, une opération concertée visant à le traquer dans la région montagneuse de Tora Bora a été lancée. Le Canada s’est joint à l’opération en mai 2002.
La région était accidentée et isolée, et regorgeait de cachettes potentielles, notamment des bunkeurs et des grottes. L’opération a commencé par des frappes aériennes et des tirs d’artillerie. Les troupes terrestres sont ensuite arrivées, notamment des forces spéciales américaines, des membres de la CIA et des milices afghanes. Ces forces n’ont pas réussi à retrouver ben Laden, qui avait déjà traversé la frontière pour se cacher au Pakistan. Il allait y rester pendant encore une décennie.
La bataille de Tora Bora a mis en évidence certains aspects du conflit qui allaient perdurer tout au long de la guerre en Afghanistan : les renseignements incertains, le terrain difficile et une force ennemie insaisissable capable de s’adapter.
Des militaires du PPCLI, peu après leur transport par avion dans la région montagneuse de Tora Bora, en mai 2002.
Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–009_DSCN0079. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne
Des militaires du PPCLI inspectent une grotte à Tora Bora, en mai 2002.
Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–009_DSCN0112. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne
Le retour à la maison
En juin 2002, le 3e PPCLI est rentré au Canada après avoir servi pendant six mois dans les conditions difficiles de l’Afghanistan. Les médias ont largement couvert ce retour à Edmonton, marqué par l’enthousiasme et l’émotion.
En Afghanistan, toutefois, la coalition était confrontée à une incertitude croissante quant à l’avenir. On se demandait quand la stabilité à long terme serait réellement établie.
L’invasion initiale de la coalition avait réussi à chasser les talibans. Un nouveau gouvernement commençait alors peu à peu à voir le jour. Mais le Canada et les forces alliées allaient bientôt faire face à de nouveaux défis et dangers. La mission commençait tout juste un long parcours marqué par une complexité politique, sociale et militaire croissante.
Écoutez le deuxième épisode de notre série de balados Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan pour en savoir plus sur les premières années du conflit.
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Steve McCullough
Steve McCullough, Ph. D., est le stratège de contenu numérique pour le Musée canadien de l’histoire et le Musée canadien de la guerre. Son travail dans le domaine de la création de récits numériques repose sur la compassion et des actions fondées sur des preuves pour parler de l’histoire, de la notion de sens et de l’identité dans un environnement en ligne fragmenté et polarisé, mais aussi dynamique et étroitement lié.
Andrew Burtch
Andrew Burtch, Ph. D., est historien spécialiste de la période d’après-guerre (de 1945) au Musée canadien de la guerre depuis 2006. Il est le conservateur de la galerie 4 : De la guerre froide à nos jours, qui raconte comment le Canada a réagi aux conflits du début de la guerre froide jusqu’à ce jour. Ses principaux domaines de recherche incluent l’histoire de la guerre froide, la défense civile face à l’éventualité d’une guerre nucléaire, les missions de maintien de la paix des Nations Unies, la guerre de Corée, la guerre et la mémoire, de même que l’histoire orale.
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