Il y a vingt-cinq ans, le Canada est entré en guerre en Afghanistan. À la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, le Canada s’est joint à une coalition visant à lutter contre le mouvement al-Qaïda et à renverser le régime taliban. Des Canadiennes et des Canadiens ont servi aux quatre coins de l’Afghanistan, des champs de bataille ruraux de Kandahar à la ville animée de Kaboul, jusqu’en 2014, année où le Canada s’est retiré du pays.
Plus de 40 000 Canadiennes et Canadiens ont servi en Afghanistan. Plus d’un millier d’entre elles et eux ont été blessés. Un diplomate et 158 militaires ont péri.
Les conséquences de la guerre en Afghanistan continuent de se faire sentir dans notre politique, dans l’armée et dans la vie de celles et ceux qui ont servi. Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan raconte l’histoire de ces gens. Nous nous penchons sur les raisons pour lesquelles le Canada est entré en guerre en Afghanistan, ce qui s’y est passé et l’héritage complexe de la guerre.
1. La chute et les débuts
Nous commençons par la fin, lorsque Kaboul est tombé aux mains des talibans en aout 2021. Des ex-militaires et des journalistes du Canada regardaient, sous le choc, des gens s’agripper aux avions qui quittaient l’aéroport Hamid-Karzaï, désespérés de fuir le pays.
C’est en 2001 que la guerre en Afghanistan avait commencé, en représailles aux attentats du 11 septembre. Le Canada s’était alors joint à l’invasion de l’Afghanistan menée par les États-Unis afin de traquer Al-Qaïda et de renverser les talibans.
Mais l’Afghanistan a le don de déjouer les prévisions. Et les raisons comme les objectifs de la participation du Canada à cette guerre revêtent une certaine complexité.
En savoir plus : « La chute et les débuts : Le Canada en Afghanistan »
2. Au cœur du combat (2001-2002)
Au début de l’année 2002, le premier groupe de combat canadien est arrivé à Kandahar et a entrepris ses opérations dans le sud de l’Afghanistan. L’invasion initiale avait mis les talibans en déroute, mais Oussama ben Laden était parvenu à s’enfuir au Pakistan. La coalition a ensuite commencé à consolider sa position et à mettre en place des structures démocratiques destinées à remplacer le gouvernement taliban renversé.
Les troupes canadiennes sont par la suite entrées en combat dans le cadre de l’opération Anaconda. Elles ont mené une opération d’assaut aérien complexe à la crête surnommée « Whale’s Back ». Des tirs de précision à longue distance ont alors apporté un soutien tactique essentiel aux forces américaines. Un incident dévastateur de tir ami américain à la ferme Tarnak a toutefois couté la vie à quatre militaires, les premières victimes canadiennes de la guerre.
De retour à la maison après leur première mission, les gens qui avaient servi ont été acclamés. Mais la mission faisait cependant face à une incertitude croissante quant à l’avenir de l’engagement du Canada en Afghanistan.
En savoir plus : « Premier combat et premières victimes : le Canada en Afghanistan, 2001-2002 »
3. Défense, diplomatie et développement (2003-2006)
Cet épisode contient des descriptions de blessures graves.
Les forces canadiennes se sont installées au camp Julien, à Kaboul, alors que l’OTAN prenait la direction de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Su place, les troupes canadiennes ont formé les forces afghanes, effectué des patrouilles à Kaboul et dans ses environs, et tissé des liens avec la population locale.
L’Afghanistan avait élu un président et un parlement avec succès. La résistance persistante des talibans, notamment les attaques à la mine et le premier attentat-suicide jamais perpétré en Afghanistan, est toutefois venue remettre en question les prévisions optimistes quant aux progrès à venir.
En 2005, le Canada a entamé un nouveau déploiement dans la province de Kandahar, une région vaste et géographiquement variée où l’insurrection faisait rage. L’assassinat du diplomate Glyn Berry, les attaques à l’engin explosif improvisé et les attentats-suicides ont compliqué les efforts diplomatiques et de développement du Canada, obligeant les forces armées à se concentrer sur la sécurité et la lutte contre l’insurrection.
En savoir plus : « Combat et diplomatie : le Canada en Afghanistan, 2003-2006 »
4. L’opération Medusa (2006)
Cet épisode contient des descriptions de blessures graves.
Au printemps et à l’été 2006, les talibans avaient renforcé leurs rangs et adopté une attitude plus agressive. Des centaines de combattants talibans se préparaient alors à affronter directement les forces de l’OTAN près de la ville de Kandahar. L’opération Medusa a été lancée pour contrer cette nouvelle menace.
Il s’agit de la plus grande bataille que les forces canadiennes aient menée en Afghanistan. Douze militaires y ont perdu la vie, et des dizaines d’autres ont subi des blessures.
Les manœuvres canadiennes ont connu un début difficile en raison d’un désaccord concernant une avancée accélérée. Une grande partie des premiers combats s’est concentrée autour de « White School », un bastion clé des talibans à Panjwai. Des militaires du Canada ont perdu la vie et ont subi des blessures lors d’une attaque infructueuse menée contre le site avant sa capture.
Finalement, le Canada a pu se ressaisir, et l’opération Medusa a été couronnée de succès, malgré des pertes causées par des accidents, des attentats-suicides et des tirs amis. Les talibans ont subi un revers tactique sur le champ de bataille. Or, la nature de la guerre était sur le point de changer et, à certains égards, de devenir encore plus dangereuse.
En savoir plus : « L’École blanche et l’opération Medusa : le Canada en Afghanistan, 2006 »
5. Le front intérieur (2006-2008)
Au lendemain des attentats du 11 septembre, la population canadienne avait massivement appuyé la guerre en Afghanistan. Toutefois, ce soutien s’est estompé avec le temps. Les couts permanents de la guerre, les divergences politiques quant à son objectif et une série de scandales ont peu à peu érodé la confiance du public, tout en soulevant des questions quant à la mission et à son orientation.
En 2006, la large couverture médiatique accordée au décès de la capitaine Nichola Goddard a attiré l’attention sur le cout humain de la guerre. Quelques années après le début du conflit, l’opinion publique était divisée. De nombreuses personnes ont exprimé à la fois leur patriotisme et leur chagrin lors de veillées et dans le cadre de campagnes de rubans jaunes, exhortant la population à « soutenir les troupes ». Parallèlement, les voix opposées à la guerre et les manifestations ont continué de prendre de l’ampleur.
L’année suivante, un scandale a éclaté lorsque les Forces canadiennes ont remis des prisonniers aux autorités afghanes, qui les auraient, selon certaines sources, soumis à la torture. Au début de 2008, l’ancien député libéral John Manley a présenté un rapport sur le déroulement et les résultats de la guerre. Il y critiquait de nombreux problèmes systémiques, tout en appuyant, en fin de compte, la poursuite de la mission.
Ainsi, malgré une opinion publique indécise et un Parlement divisé, le Canada est demeuré engagé dans la guerre en Afghanistan.
En savoir plus : « Politique et opinion publique : le Canada en Afghanistan, 2006-2008 »
6. L’épreuve du temps (2007-2010)
Cet épisode contient des descriptions de blessures graves.
Vaincus lors de l’opération Medusa, les talibans se sont tournés vers des tactiques d’insurrection. La guerre asymétrique était à l’ordre du jour, alors que le Canada dirigeait l’équipe de reconstruction provinciale de Kandahar.
Les engins explosifs improvisés (EEI) représentaient un danger constant, et les insurgés se fondaient dans la population locale. Les troupes étaient en état d’alerte constant face à des menaces invisibles. Lorsque le pire s’est produit, on a acheminé les militaires ayant subi des blessures à l’hôpital de campagne de niveau 3, où des équipes médicales stabilisaient leur état en vue d’une évacuation vers l’étranger.
Le poids psychologique des déploiements s’alourdissait à mesure que la guerre se prolongeait. Mais la mission militaire du Canada à Kandahar allait bientôt toucher à sa fin.
En savoir plus : « Lutter contre l’insurrection à Kandahar : le Canada en Afghanistan, 2007-2010 »
Bande-annonce
Axée sur les témoignages de personnes ayant vécu le conflit de près, Une si longue guerre allie des récits poignants à une réflexion approfondie sur un chapitre déterminant de l’histoire militaire canadienne.
Mentions
Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan est un balado du Musée canadien de la guerre.
- Narration : Isabel Richer
- Recherche historique : Andrew Burtch
- Réalisation : Lisa Gabriele et Neil Morrison
- Production associée : Hailey Choi
- Montage : Cameron McIver
- Production déléguée : Jenny Ellison et Steve McCullough
- Révision de textes: Shannon Moore et Pascal Scallon-Chouinard
Version française par: Power of Babel
- Directrice de plateau: Stéphanie Broschart
- Traduction et adaptation par: Hugo Vandal-Sirois
- Ingénieur de son: Chris Leon
- Mixage français par: David Moreau
- La cheffe de projet est: Chantale Renée
- Supervision par: Eric Geringas
Bon nombre des témoignages entendus dans Une si longue guerre sont tirés du projet d’histoire orale du Musée canadien de la guerre intitulé Leur histoire : Témoignages d’ex-militaires du Canada et de leurs proches. Ces deux projets ont été généreusement soutenus par la famille A. Britton Smith; la Fondation Azrieli; Arthur B.C. Drache, C.M., c. r. et Judy Young Drache; La Légion royale canadienne; la Fondation nationale Légion; Les Amis du Musée canadien de la guerre; la Fondation Crabtree; Robert Stollery, en l’honneur de son service pendant la Seconde Guerre mondiale; le colonel (retr.) Stanley A. Milner, O.C., A.O.E., M.S.M., C.D., LL.D.; et des personnes de partout au Canada.
L’image de couverture du balado montre le soldat Michael Kubis, du Régiment royal canadien, debout au milieu d’un nuage de poussière quelques instants après l’explosion d’un engin explosif improvisé (EEI) dans le district de Panjwai, à Kandahar, en 2010.
Photo : Louie Palu
Leur histoire
Leur histoire est un projet d’histoire orale sur la vie d’après-guerre et d’après-service d’ex-militaires du Canada, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Le projet comprend plus de 200 entrevues avec des ex-militaires et de leurs de leurs proches.
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