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Combat et diplomatie : le Canada en Afghanistan, 2003-2006

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Publié

24 sept. 2026


Tom Mykytiuk se souvient de son arrivée en Afghanistan en 2003 : « Le C-130 est arrivé en vol et est descendu très, très vite, pour se protéger contre les missiles de défense aérienne, les Stinger ou quoi que ce soit qui aurait pu le menacer. »

À l’atterrissage, après ces manœuvres d’esquive, les militaires qui venaient d’arriver ont fait face à un environnement extrême, où régnaient chaleur et poussière. Tom Mykytiuk se souvient : « Dès qu’on est descendu de l’avion, on pouvait, essentiellement, sentir l’odeur et le gout tenaces de la poussière. Et là, je veux dire de la poussière dans ta tasse, de la poussière sur ta peau, de la poussière dans tes dents. »

À ce moment, le Canada effectuait son retour en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), désormais dirigée par l’OTAN. La mission initiale de la FIAS consistait à assurer la sécurité à Kaboul et à appuyer le gouvernement provisoire dirigé par Hamid Karzaï.

Un homme au teint moyen, portant une courte barbe grisonnante, un chapeau gris et un veston foncé, est debout dans une grande voiture décapotable et salue de la main, entouré d’hommes assis vêtus d’uniformes richement décorés.

Le président par intérim Hamid Karzaï salue la foule lors d’un défilé célébrant la Journée de la victoire des moudjahidines, le 28 avril 2004.

Photo : Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028-001_3746a. © Stephen Thorne (2004), La Presse canadienne

Stabiliser Kaboul

Les Forces canadiennes ont établi leur base au camp Julien. Shannon Glenney y a travaillé au sein de l’Agence de soutien du personnel des Forces canadiennes. Elle se souvient : « Le camp Julien était un camp situé dans le coin sud-ouest de Kaboul, entre les ruines de deux magnifiques édifices : le Palais du roi et le Palais de la reine. »

Une longue rangée de structures ressemblant à des tentes aux toits incurvés, avec un grand bâtiment en ruines en arrière-plan.

Le camp Julien, avec le palais Darul Aman en arrière-plan. Ce palais a été construit dans les années 1920 et a été gravement endommagé pendant la guerre civile des années 1990.

Photo : Courtney Walker / Flickr, CC BY 2.0,  https://www.flickr.com/photos/trec_lit/38613670

Kaboul était alors une ville tentaculaire comptant une population de près de 3 millions de personnes, dirigée informellement par un ensemble hétéroclite de groupes et d’allégeances reflétant l’héritage de la guerre civile des années 1990. Par conséquent, le risque de bouleversements politiques et de conflits violents y était omniprésent.

Il s’agissait d’un environnement complexe et périlleux pour les forces de la coalition. Sarah Heer a été déployée à Kaboul en 2003 en tant que capitaine au sein du 2e Régiment de la Royal Canadian Horse Artillery : « Kaboul était un endroit plutôt mouvementé, raconte-t-elle. Nous recevions quotidiennement des rapports de renseignement sur divers insurgés et diverses menaces dont nous devions nous méfier. Alors il fallait toujours faire preuve de prudence. »

Trois militaires en tenue de camouflage beige, avec leur arme, marchent sur un chemin de terre bordé de murs de boue, en compagnie d’un groupe de jeunes enfants.

Des militaires du Royal 22e Régiment en patrouille à Kaboul, en mai 2004. Les troupes à pied étaient vulnérables, mais pouvaient facilement établir des liens avec les communautés locales.

Photo : Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028-001_F72G5136a. © Stephen Thorne (2004), La Presse canadienne

Une soldate vêtue d’une tenue de camouflage vert et d’un casque, une arme à la main, marche à côté de gros véhicules blindés; on aperçoit d’autres militaires derrière elle.

Des militaires du Royal 22e Régiment en patrouille à Kaboul, en avril 2004. Les véhicules blindés offraient une meilleure protection, mais compliquaient l’établissement de relations.

Photo : Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028-001_F72G1198a. © Stephen Thorne (2004), La Presse canadienne

Les troupes canadiennes patrouillaient à Kaboul et dans les environs, formant des liens avec les collectivités locales; « On avait beaucoup de contacts avec les gens pendant la journée, se souvient Tom Mykytiuk. On patrouillait dans certains bazars et on s’arrêtait dans certaines entreprises locales. »

Dans le chaos qui a suivi la chute des talibans, la tâche de stabilisation était complexe. Il s’agissait autant d’avoir les bonnes discussions avec les bonnes personnes que d’échanger des coups de feu avec une force ennemie dispersée, mais tenace.

Frappe à la mine dans Jowz Valley

Le 2 octobre 2003, une patrouille canadienne a quitté le camp Julien à bord de deux Jeeps Iltis pour une patrouille de routine dans les collines voisines. Une mine antichar TM-57 avait toutefois été posée sur leur parcours. Deux soldats ont été tués sur le coup et trois autres ont subi des blessures.

Ces pertes ont profondément ébranlé le contingent canadien. Elles ont aussi mis en lumière certains aspects de la guerre en Afghanistan qui allaient perdurer tout au long du conflit. Les actions ennemies allaient demeurer imprévisibles et clandestines, et les menaces difficiles à cerner et à contrer. Il allait aussi être particulièrement difficile de trouver un équilibre entre les exigences de la diplomatie et celles de la guerre.

Quatre militaires sortent simultanément dans toutes les directions d’un véhicule de type Jeep, à toit et parois ouverts.

Des parachutistes du Canada descendent d’un véhicule Iltis. L’Iltis est ouvert sur les côtés et sur le dessus; il a été conçu pour privilégier la vitesse et la maniabilité plutôt que la protection.

Photo : Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028-008_Thorne170. © Stephen Thorne (2003), La Presse canadienne

Une nouvelle constitution et des élections

Pendant que l’Afghanistan et la coalition internationale s’efforçaient de mettre en place de nouvelles structures et de nouveaux processus démocratiques au pays, les militaires du Canada assuraient la sécurité.

La Loya Jirga de décembre 2003 a représenté un moment important dans l’évolution de la situation politique après l’invasion. Une Loya Jirga (ou « grand conseil ») est une assemblée traditionnelle pachtoune réunissant des figures dirigeantes afin de régler des différends et de prendre des décisions importantes.

Une délégation de plus de 500 personnes y a participé, au sein de laquelle se trouvaient des chefs de guerre régionaux, d’ex-responsable du commandement de l’Alliance du Nord et d’autres ex-militaires. Les talibans n’étaient pas représentés à la table des négociations. L’objectif de cette délégation était d’examiner et d’adopter une nouvelle constitution pour l’Afghanistan, qui a été ratifiée en janvier 2004.

La nouvelle année apportait la promesse du progrès, mais aussi un terrible nouveau danger. Le 27 janvier, une patrouille canadienne a été prise pour cible par un kamikaze. L’explosion a couté la vie au caporal Jamie Murphy et a blessé trois autres militaires du Canada.

C’était la première fois que des troupes canadiennes étaient prises pour cible dans un attentat-suicide, un phénomène jusqu’alors rare dans le conflit en Afghanistan. La réalité allait changer au cours des années à venir.

Plusieurs personnes dans une rue examinent le châssis et les roues calcinés et tordus de ce qui aurait pu être une voiture.

Décombres laissés par une explosion, juin 2006.

Photo : Musée canadien de la guerre, Boomer’s Pics, 20070194-002.

Malgré la menace talibane, la première élection présidentielle en Afghanistan a eu lieu le 9 octobre 2004. Plus de 10 millions de personnes s’étaient inscrites sur les listes électorales, dont des millions de femmes. Dix-sept candidatures figuraient sur le bulletin de vote. Le chef par intérim, Hamid Karzaï, a remporté une victoire écrasante avec 55 % des voix.

Près d’un an plus tard, le 18 septembre 2005, dans un contexte de tensions croissantes dans les provinces, une députation a été élue.

Un très long bulletin de vote présentant 18 candidatures, avec leurs noms, leurs photos, ainsi que le nom et le logo de leur parti.

Un bulletin de vote de l’élection présidentielle afghane de 2004.

Photo : Musée canadien de la guerre, 20060136-001, https://www.museedelaguerre.ca/collections/archive/3130791

De Kaboul à Kandahar

En 2005, la mission canadienne en Afghanistan a radicalement changé. Le Canada était désormais chargé d’assurer la sécurité dans la province de Kandahar, une vaste région du sud de l’Afghanistan à la géographie très variée.

Kandahar comprenait des terres agricoles fertiles et des chaines de montagnes infranchissables, et bordait aussi le désert du Registan. C’est dans cette région que les talibans avaient fait leur apparition dans les années 1990 et qu’Al-Qaïda avait mené ses activités avant les attentats du 11 septembre. Entre le premier déploiement du Canada en Afghanistan en 2002 et son retour à Kandahar en 2005, la présence des forces insurgées et les actes de violence qui leur étaient attribués s’étaient progressivement intensifiés.

Un panneau carré blanc sur lequel figure un dessin des drapeaux du Canada et de l’Afghanistan, très usé, ainsi qu’une inscription en grand en français et en arabe : « LE CAMP NATHAN SMITH KANDAHAR ÉQUIPE DE RECONSTRUCTION PROVINCIALE. »]

L’équipe provinciale de reconstruction de Kandahar gérait ses opérations à partir du camp Nathan Smith. Cette ancienne usine de fruits avait été transformée en base militaire par les États-Unis en 2003. Lorsque le Canada a pris le relai en 2005, il a donné à ce lieu le nom de l’un des soldats tués par un tir fratricide américain à la ferme Tarnak.

Photo : Musée canadien de la guerre, 20130265-040, https://www.museedelaguerre.ca/collections/artifact/2334657

Le Canada est arrivé à Kandahar pour prendre la direction de l’équipe provinciale de reconstruction (EPR) locale. Le modèle de l’EPR devait combiner les « trois D » : défense, diplomatie et développement.

En effet, après des décennies de guerre, l’Afghanistan ne disposait pratiquement plus d’institutions opérationnelles. La mission de l’EPR était de collaborer avec les autorités locales pour mettre en place des mécanismes de gouvernance et pour améliorer les infrastructures. Elle devait également assurer la sécurité et mettre en place des programmes de formation à l’intention de la Police nationale afghane et de l’Armée nationale afghane.

L’EPR réunissait sous un même toit du personnel militaire, diplomatique et civil affecté au développement. Les forces de la coalition devaient composer avec un réseau dense et complexe de relations sociales, d’allégeances et de souvenirs tenaces.

À Kandahar, le caporal-chef Paul Franklin a été infirmier au sein de l’EPR : « On finissait de bâtir une école, dit-il, et le lendemain, elle était en cendres. On se demandait, est-ce qu’elle a brulé parce que les talibans sont dans la région? Est-ce qu’elle a brulé parce que la mauvaise personne a obtenu le mauvais contrat pour la boue, les camions, le personnel? Sommes-nous au mauvais endroit? »

Un soldat vêtu d’une tenue de combat de camouflage beige, d’un casque et muni d’une arme à feu au milieu d’un champ de grandes fleurs roses, avec en arrière-plan des murs et des constructions en terre battue.

Un soldat canadien dans un champ de coquelicots, avril 2006.

Photo : Musée canadien de la guerre, Boomer’s Pics, 20070194-002.

Un soldat à la peau pâle, portant une moustache et un uniforme de camouflage beige, est accroupi et lève le pouce au milieu d’un groupe de militaires à la peau moyennement foncée portant un uniforme de camouflage vert et tenant des mitraillettes ou s’affairant à les entretenir.

Les militaires des équipes d’entrainement intégrées travaillaient en étroite collaboration avec l’Armée nationale afghane sur tout, de l’entretien des armes aux approches tactiques.

Photo : Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028-006_F72G1728a. © Stephen Thorne (2004), La Presse canadienne.

L’assassinat de Glyn Berry

Le 15 janvier 2006, Paul Franklin conduisait un G-Wagon au sein d’un convoi en route de l’aérodrome de Kandahar vers le camp Nathan Smith. Deux militaires et le diplomate Glyn Berry, directeur politique de l’EPR, se trouvaient à bord avec lui.

Le véhicule a été pris pour cible par un kamikaze au volant d’une fourgonnette remplie de roquettes. Berry a été tué et les trois militaires à bord ont subi de graves blessures. Franklin a été grièvement blessé aux jambes, qui allaient plus tard être amputées au-dessus des genoux.

Un véhicule vert ressemblant à un VUS, dont les roues avant ont disparu et dont l’avant et le compartiment moteur sont enfoncés et écrasés.

Les restes d’un G-Wagon (abréviation de « Geländewagen ») endommagé par un engin explosif improvisé en décembre 2005. Les G-Wagons étaient mieux protégés par des plaques de blindage que les Iltis. Dans ce cas-ci, l’équipage s’en est sorti uniquement avec des blessures légères.

Photo : Musée canadien de la guerre, 20060101-001, https://www.museedelaguerre.ca/collections/artifact/1934768

À la suite de l’attaque ciblée, les activités diplomatiques et de développement du Canada ont été presque entièrement interrompues. Le personnel civil a été évacué de cet environnement qui était devenu manifestement très dangereux, ce qui a paralysé les activités de l’EPR pendant un certain temps.

Plus tard dans l’année, l’aspect militaire de la mission canadienne est devenu encore plus exigeant. Un groupement tactique canadien est arrivé sur place afin d’assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité à Kandahar. Le Canada allait bientôt entreprendre sa plus importante opération de combat depuis la guerre de Corée : l’opération Medusa.


Écoutez le troisième épisode de notre série de balados Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan pour en savoir plus sur les diverses missions, les objectifs et les tactiques auxquels le Canada a dû faire face durant la guerre.

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Steve McCullough

Steve McCullough, Ph. D., est le stratège de contenu numérique pour le Musée canadien de l’histoire et le Musée canadien de la guerre. Son travail dans le domaine de la création de récits numériques repose sur la compassion et des actions fondées sur des preuves pour parler de l’histoire, de la notion de sens et de l’identité dans un environnement en ligne fragmenté et polarisé, mais aussi dynamique et étroitement lié.

Photo d’Andrew Burtch

Andrew Burtch

Andrew Burtch, Ph. D., est historien spécialiste de la période d’après-guerre (de 1945) au Musée canadien de la guerre depuis 2006. Il est le conservateur de la galerie 4 : De la guerre froide à nos jours, qui raconte comment le Canada a réagi aux conflits du début de la guerre froide jusqu’à ce jour. Ses principaux domaines de recherche incluent l’histoire de la guerre froide, la défense civile face à l’éventualité d’une guerre nucléaire, les missions de maintien de la paix des Nations Unies, la guerre de Corée, la guerre et la mémoire, de même que l’histoire orale.

Lire la notice biographique complète de Andrew Burtch
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