Aller directement au contenu principal

La chute et les débuts : Le Canada en Afghanistan

Auteurs

Publié

10 sept. 2026


Il y a 25 ans, le Canada est entré en guerre en Afghanistan.

Il a été l’un des premiers pays à prendre part à la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001.

En octobre 2001, les États-Unis ont amorcé les hostilités contre le gouvernement taliban de l’Afghanistan. En effet, les talibans avaient apporté leur soutien à l’organisation terroriste Al-Qaïda, responsable des attentats. Les talibans et Al-Qaïda ont été mis en déroute rapidement. Un nouveau gouvernement a dès lors été mis en place, fort de promesses de soutien international.

La chute de Kaboul, 2021

Près de 20 ans plus tard, les États-Unis et leurs alliés se sont retirés d’Afghanistan, laissant le gouvernement afghan seul face à la résurgence des talibans. En aout 2021, Kaboul est tombée aux mains des talibans, après que ceux-ci eurent balayé le pays à un rythme effréné, et presque sans rencontrer de résistance.

Sous le choc, des ex-militaires et des journalistes du Canada ont assisté aux tentatives désespérées de personnes afghanes pour fuir le pays en s’agrippant aux trains d’atterrissage d’avions qui décollaient de l’aéroport international Hamid-Karzaï.

Le capitaine Dennis LeBlanc, qui a été déployé à deux reprises en Afghanistan, se souvient d’avoir observé ce chaos et de s’être inquiété du sort de l’Afghanistan : « Je dois l’admettre, ça a été difficile, parce qu’on s’était lié d’amitié avec des interprètes et des soldats là-bas. Franchement, je les considère comme des camarades aussi. Et je n’ai aucune idée de leur sort. »

Pour comprendre l’échec final des efforts déployés par les États-Unis et l’OTAN pour sécuriser l’Afghanistan, il faut revenir aux attentats terroristes du 11 septembre 2001. Ces évènements décisifs ont marqué le début de ce qu’on a appelé la « guerre mondiale contre le terrorisme »; par le fait même, ils ont mené à l’intervention du Canada en Afghanistan.

Une longue file de militaires portant des uniformes de camouflage verts se dirige vers plusieurs gros hélicoptères.

Des militaires du Canada se dirigent vers des hélicoptères CH-47 Chinook en mai 2002, en route vers Tora Bora pour poursuivre les forces talibanes et d’Al-Qaïda.

Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, MCG 20080028–009_DSCN0001. © Stephen Thorne (2002), La Presse canadienne

11 septembre 2001

Ce matin-là, 19 terroristes ont détourné des avions de ligne commerciaux pour détruire les deux tours du World Trade Center à New York et pour endommager le Pentagone à Washington. Un quatrième avion s’est également écrasé dans une région rurale de la Pennsylvanie, après que des personnes à bord de l’appareil eut pris connaissance des premières attaques et se soient soulevées. En tout, les pirates de l’air ont tué 2 977 personnes, dont 24 étaient d’origine canadienne.

Le Canada n’a pas tardé pas à offrir son soutien à son voisin du sud. Le premier ministre Jean Chrétien a déclaré : « [A]vec nos alliés, nous affronterons et vaincrons la menace que le terrorisme fait peser sur toutes les nations civilisées. Monsieur l’Ambassadeur, notre pays sera aux côtés des États-Unis à chaque étape de leur parcours – comme ami, comme voisin, comme une famille. »

À la suite des attentats, l’espace aérien nord-américain a été fermé au trafic aérien commercial. Incapables de rentrer dans leur pays aux États-Unis, des milliers de personnes ont dû débarquer à Halifax, en Nouvelle-Écosse, et à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador. Elles se sont fait offrir du soutien et un hébergement temporaire par les collectivités locales.

Au lendemain des attentats, l’OTAN a invoqué l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. Cette disposition porte sur la défense mutuelle : une attaque contre l’un des pays membres de l’OTAN est considérée comme une attaque contre l’OTAN dans son ensemble. L’OTAN a donc l’obligation de répondre aux attaques.

Vue aérienne d’un grand bâtiment endommagé et incendié, avec de nombreux véhicules de chantier à l’avant-plan.

Les équipes d’urgence interviennent au Pentagone, endommagé par les attentats terroristes du 11 septembre.

Photo : TSGT Cédric H. Rudisill, USAF / https://catalog.archives.gov/id/6631948

 

Un immense nuage de fumée s’élève derrière la silhouette d’une ville, avec un plan d’eau au premier plan.

Le centre-ville de Manhattan dans les premiers instants suivant l’effondrement des tours du World Trade Center.

Photo : Wally Gobetz / Flickr, CC BY-NC-ND 2.0, https://www.flickr.com/photos/wallyg/159455100

Les services de renseignement ont rapidement déterminé que le réseau terroriste Al-Qaïda était responsable des attaques. Al-Qaïda, une organisation terroriste islamiste radicale, avait été fondée par Oussama ben Laden. Ce réseau avait déjà perpétré des attentats meurtriers contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie, ainsi que contre l’USS Cole au Yémen. Les talibans avaient choisi d’abriter Al-Qaïda après son départ du Soudan au milieu des années 1990.

Peu après le 11 septembre, le président des États-Unis, George W. Bush, a annoncé une « guerre contre le terrorisme » à l’échelle mondiale. Son objectif était de s’attaquer aux groupes terroristes internationaux tels qu’Al-Qaïda et aux gouvernements nationaux qui les soutenaient. Le président Bush a exposé les répercussions internationales de cette guerre en termes très clairs : « Chaque pays, dans chaque région, doit désormais prendre une décision. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes. »

Le gouvernement des États-Unis a ensuite formulé une série d’exigences : les talibans devaient livrer les dirigeants d’Al-Qaïda, fermer leurs camps d’entrainement et libérer les personnes d’origines étrangères qu’ils détenaient. Les talibans ont toutefois refusé. Les États-Unis ont alors entamé une campagne aérienne et terrestre contre les talibans. Au départ, leurs efforts ont consisté à soutenir l’Alliance du Nord, une coalition contre les talibans basée dans le nord de l’Afghanistan.

L’Afghanistan, les talibans et Al-Qaïda

L’Afghanistan a une longue histoire de résistance face aux agressions étrangères. Les Britanniques avaient tenté de conquérir le pays au 19e siècle, sans y parvenir. L’Union soviétique s’y est battue pendant une décennie. Cette guerre a fait des centaines de milliers de morts, a forcé des millions d’autres personnes à fuir et s’est terminée par le retrait des Soviétiques en 1989.

Le gouvernement des États-Unis avait en effet soutenu de nombreuses oppositions à l’URSS en Afghanistan. L’argent et les armes des États-Unis avaient aidé diverses factions afghanes. Parmi elles se trouvaient les « moudjahidines », dont faisaient partie certains groupes militants islamistes.

Un homme à la peau claire, vêtu d’un blouson d’aviation brun, se tient aux côtés de cinq hommes à la peau moyennement foncée portant des manteaux verts; l’un d’entre eux porte une arme imposante sur ses épaules.

Le député américain Charles Wilson pose aux côtés de moudjahidines en Afghanistan, en 1987.

Photo : Bibliothèques de l’Université du Nord du Texas, « The Portal to Texas History », https://texashistory.unt.edu/ark:/67531/metapth255276/

Après le retrait de l’URSS, l’Afghanistan a sombré dans le chaos. Le gouvernement soutenu par l’Union soviétique et les nombreuses factions de la résistance se sont fait face pour le contrôle de Kaboul. Ce sont les talibans qui ont finalement remporté la victoire. Le mouvement s’est d’abord implanté à Kandahar, puis a réussi à prendre et à conserver le contrôle de Kaboul en 1996.

Le mouvement taliban est né en réaction aux seigneurs de guerre locaux et à la corruption. Sur le plan de l’idéologie, il combinait un fondamentalisme islamique conservateur et un nationalisme ethnique pachtoune (les Pachtounes sont le groupe culturel le plus important en Afghanistan, un pays qui abrite une grande diversité de langues et d’ethnies). Une fois au pouvoir, les talibans se sont fait connaitre pour les restrictions qu’ils imposaient aux libertés des femmes, pour leur intolérance religieuse (illustré notamment par la destruction des anciennes statues bouddhistes de Bamiyan) et pour leurs violations généralisées des droits de la personne.

Victoire précoce

Au début de la guerre, les États-Unis se sont principalement concentrés sur la collaboration avec les factions antitalibanes, notamment l’Alliance du Nord. De leur côté, la CIA et les forces spéciales des États-Unis s’étaient rendues en Afghanistan et avaient commencé les opérations une quinzaine de jours après les attentats du 11 septembre, préparant ainsi le terrain en vue d’une invasion.

Les opérations militaires ouvertes ont officiellement commencé le 7 octobre 2001, avec des dizaines de frappes aériennes menées à travers le pays. Plusieurs jours d’attaques à la bombe, au missile et par drone ont suivi. Les troupes ont commencé à arriver en plus grand nombre à partir du 19 octobre.

Un gros hélicoptère à deux rotors en vol stationnaire au milieu d’un paysage montagneux, où l’on distingue deux minuscules silhouettes humaines sur la crête d’une montagne.

En janvier 2002, un hélicoptère transporte des marines des États-Unis vers un endroit tenu secret en Afghanistan.

Photo : PHC Johnny Bivera, USN / https://catalog.archives.gov/id/6640985

En octobre et en novembre 2001, des navires de guerre et des aéronefs canadiens ont été déployés pour appuyer l’opération. Les Forces armées canadiennes ont baptisé cette mission l’opération APOLLO. Selon certaines sources, les forces spéciales canadiennes auraient été déployées sur le terrain en Afghanistan dès décembre 2001.

Le gouvernement taliban de Kaboul a succombé aux forces d’invasion en à peine trois semaines. Il n’a fallu que deux mois pour remporter une victoire militaire plus étendue, notamment à Kandahar, fief traditionnel des talibans.

L’historien et journaliste Michael Petrou était sur place pour couvrir la guerre pour l’Ottawa Citizen. Il raconte : « Je ne m’attendais certainement pas à ce que les lignes des talibans s’effondrent aussi rapidement, à l’automne 2001, ni à ce que Kaboul tombe. »

Un homme souriant, à la peau de teint moyen, coiffé d’un chapeau de laine et vêtu d’habits amples de couleur beige, est accroupi sur une crête de montagne peu élevée, face à la caméra, avec une vallée fluviale en arrière-plan.

Michael Petrou dans le nord de l’Afghanistan en 2001.

Photos : Avec l’aimable autorisation de Michael Petrou.

La fin du début

En décembre 2001, un groupe de responsables de l’Afghanistan et de l’international s’est réuni à Bonn, en Allemagne, afin de négocier une voie politique pour l’avenir de l’Afghanistan.

Hamid Karzaï, figure de proue de l’opposition pachtoune aux talibans, a fait l’unanimité. Il a accédé à la présidence de la nouvelle administration nationale provisoire. Les étapes suivantes ont consisté à rédiger une constitution et à préparer les élections.

L’Accord de Bonn a aussi jeté les bases de la Force internationale d’assistance à la sécurité, autorisée par l’ONU puis dirigée par l’OTAN. Cette opération militaire multinationale est demeurée en Afghanistan jusqu’en 2014.

En un temps remarquablement court, les talibans ont été renversés, Al-Qaïda a été dispersée et un cadre démocratique a commencé à voir le jour.

Or, pour le Canada, les célébrations organisées à Bonn n’ont été que le prélude à l’engagement de ses forces militaires en Afghanistan. Un groupement tactique dirigé par le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry a commencé ses préparatifs, avant d’être déployé à Kandahar, l’ancien fief des talibans, au début de 2002.

Le Canada est resté en Afghanistan pendant 13 années de plus. Et cette guerre est devenue la plus longue de notre histoire.

Une femme vêtue d’un uniforme bleu foncé et portant une mitraillette en bandoulière grimpe une échelle de corde raide au-dessus d’un plan d’eau; on aperçoit partiellement, en contrebas, des personnes dans un petit bateau.

La caporale Pamela Brace monte à bord du NCSM Preserver lors d’exercices d’embarquement et de débarquement, alors que le navire fait route vers la mer d’Oman, en octobre 2001. Le rôle de la Marine canadienne consistait notamment à escorter des navires, ainsi qu’à intercepter et à arraisonner les navires suspects.

Photo : Le caporal-chef Brian Walsh, Caméra de combat J5 AP © Tous droits réservés. ISD01-9567a reproduit avec l’autorisation du MDN/FAC (2026).


Une si longue guerre : le Canada en Afghanistan est une série de balados du Musée canadien de la guerre qui retrace l’histoire de la participation du Canada à la guerre en Afghanistant et qui explique ce que ce conflit a représenté pour les personnes qui y ont pris part.

Abonnez-vous à Une si longue guerre sur votre plateforme de baladodiffusion préférée.

A very light-skinned adult man with short, greying hair and glasses.

Steve McCullough

Steve McCullough, Ph. D., est le stratège de contenu numérique pour le Musée canadien de l’histoire et le Musée canadien de la guerre. Son travail dans le domaine de la création de récits numériques repose sur la compassion et des actions fondées sur des preuves pour parler de l’histoire, de la notion de sens et de l’identité dans un environnement en ligne fragmenté et polarisé, mais aussi dynamique et étroitement lié.

Photo d’Andrew Burtch

Andrew Burtch

Andrew Burtch, Ph. D., est historien spécialiste de la période d’après-guerre (de 1945) au Musée canadien de la guerre depuis 2006. Il est le conservateur de la galerie 4 : De la guerre froide à nos jours, qui raconte comment le Canada a réagi aux conflits du début de la guerre froide jusqu’à ce jour. Ses principaux domaines de recherche incluent l’histoire de la guerre froide, la défense civile face à l’éventualité d’une guerre nucléaire, les missions de maintien de la paix des Nations Unies, la guerre de Corée, la guerre et la mémoire, de même que l’histoire orale.

Lire la notice biographique complète de Andrew Burtch
Share