Le soccer occupe depuis longtemps une place importante dans l’histoire militaire du Canada et dans la vie des personnes touchées par la guerre. Il est thérapeutique, une source d’inspiration, réconfortant, voire commémoratif.
Voici cinq objets et images qui révèlent le lien entre le soccer et la guerre.
Championnats du Corps canadien, 1918
Le soccer a joué un rôle motivant important lors des deux guerres mondiales. Il permettait de se détendre et de se divertir. Derrière les lignes de front, les officiers supérieurs encourageaient souvent le jeu pour améliorer la condition physique des troupes et pour remonter le moral. Les chefs militaires organisaient également des journées sportives à plus grande échelle afin d’encourager la compétition amicale.
On voit ici les membres de l’équipe de soccer du 27e Bataillon (Winnipeg), qui a remporté la première place lors des championnats du Corps canadien en France, le 1er juillet 1918. Les championnats du Corps canadien étaient un grand événement d’une journée, avec des compétitions à la fois dans divers sports et dans des activités plus ludiques, comme les courses en sac et les concours de clowns.
Environ 50 000 militaires du Canada y ont participé, soit en compétitionnant, soit comme membre du public, et l’évènement a également attiré des journalistes et des personnalités, dont le premier ministre sir Robert Borden.
L’équipe vainqueure des championnats de soccer du Corps canadien, organisés dans le cadre du Championnat canadien de 1918.
Collection de photos de journées sportives, Musée canadien de la guerre, 197000140-163_12a
La thérapie par le sport
En plus de favoriser le travail d’équipe et de remonter le moral des troupes, le soccer aurait aussi été une activité thérapeutique, selon des chefs militaires. Les personnes blessées jouaient souvent lors de leur convalescence. Dans certains cas, le soccer était même considéré comme un remède contre les traumatismes psychologiques par le personnel gradé.
À la suite de la bataille du mont Sorrel, un conflit de deux semaines qui a fait 8 000 victimes d’origine canadienne, les officiers ont organisé des matchs de soccer pour détendre l’atmosphère. Prise en juillet 1916, cette photo de groupe de la 3e Ambulance de campagne montre des hommes qui, quelques semaines auparavant, avaient risqué leur vie et subi des pertes en portant secours aux personnes blessées ou mourantes sous une pluie d’obus.
L’espace d’un bref instant, ils ont pu mettre de côté leur travail de médecin pour jouer.
Équipe de soccer de la 3e Ambulance de campagne.
Musée canadien de la guerre, 19920044-228.
Le soccer comme mécanisme de survie
Bien que le soccer apportait un peu de répit aux militaires en service au front, il permettait également de soutenir les personnes faites prisonnières de guerre.
Nous avons l’habitude de voir des matchs de soccer disputés dans d’immenses stades de Coupe du monde et dans des parcs de quartier. Mais le sport a également été pratiqué dans des conditions de danger et de privation.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les conditions de vie, tant physiques que psychologiques, au sein des camps allemands étaient particulièrement difficiles. Certaines personnes qui avaient été faites prisonnières de guerre trouvaient cependant un peu de répit dans le sport.
Les forces allemandes ont capturé Jack Powerful Griss, du Royal Hamilton Light Infantry, lors du raid manqué de Dieppe, en France, en 1942. Il a passé les trois années suivantes comme prisonnier de guerre. Au Stalag VIII-B, Jack Griss a enduré d’innombrables privations, mais dans les lettres qu’il envoyait à sa femme, il gardait un ton positif et racontait les matchs de soccer auxquels il participait avec les autres personnes détenues.
Après la guerre, il a conservé des objets qu’il avait obtenus pendant sa captivité, notamment ces deux photographies : la première montre un match de soccer en cours, et la seconde, une photo de l’équipe des prisonniers de guerre. Ces hommes, avec leur allure émaciée, ne dissimulent pas les épreuves endurées pendant leur captivité.
Des prisonniers de guerre jouent au soccer sous le regard d’une tour de garde.
Musée canadien de la guerre, 19740246-013_8
Photo d’équipe des prisonniers de guerre (Jack Griss est assis à l’extrême gauche, au premier rang).
Musée canadien de la guerre, 19740246-013_9
Honorer le sacrifice
Le club de soccer néerlandais Cambur a créé en 2025 le maillot commémoratif du 80e anniversaire de la Libération, afin de souligner la libération de la ville de Leeuwarden de l’occupation allemande par les Royal Canadian Dragoons (RCD) le 15 avril 1945.
Inspiré de l’uniforme traditionnel du RCD, ce maillot arbore des feuilles d’érable sur le devant et l’écusson du RCD au dos. Exemple parmi tant d’autres des multiples formes que peut prendre la commémoration, ce maillot relie le passé et le présent et renforce le lien qui unit le Canada et les Pays-Bas depuis la Seconde Guerre mondiale.
Musée canadien de la guerre, 20250215-001
Musée canadien de la guerre, 20250215-001
Survivre à la paix
Ce dessin illustre l’impact de la guerre sur la vie quotidienne des enfants, notamment sur leurs jeux. Le soccer est extrêmement populaire dans le monde entier. C’est un sport qui n’exige qu’un ballon et un peu d’espace, ce qui le rend accessible aux enfants qui ont peu de moyens matériels.
Cependant, la guerre peut priver les enfants de bien des choses, notamment d’un espace sécuritaire où jouer. Ce dessin fait partie d’une série réalisée par des enfants en Bosnie entre 2002 et 2003.
Au lendemain des guerres de Yougoslavie des années 1990, une force de stabilisation conjointe dirigée par l’ONU et l’OTAN, avec le soutien des Forces armées canadiennes (FAC), s’est employée à maintenir la stabilité dans la région. Outre le déminage des mines terrestres laissées par la guerre, les membres des FAC ont mené des actions de sensibilisation aux dangers des mines. Au cours de ce processus, on a demandé à des élèves de dessiner leur vécu avec les mines.
Sur ce dessin, un enfant amputé d’une jambe se tient au bord d’un champ de mines où gisent une chaussure, une tache de sang et un ballon de soccer. Traduite, la légende de l’enfant dit : Nous avons survécu à la guerre, nous survivrons aussi à la paix.
“We survived the war, we will also survive the peace.”
Musée canadien de la guerre, 20130650-008
L’intersection du soccer et de la guerre est un terreau fertile pour comprendre notre passé militaire. Les images et les objets sont autant de portes d’entrée vers des récits plus vastes, qui dépassent largement le cadre du jeu pour nous en apprendre davantage sur l’expérience de la guerre, telle qu’elle est perçue à la fois par les militaires et par la population.
Teresa Iacobelli
Teresa Iacobelli, Ph. D., s’est jointe à l’équipe du Musée canadien de la guerre en 2022 en tant qu’historienne spécialiste de la Première Guerre mondiale et conservatrice de la galerie 2 : La guerre sud-africaine et la Première Guerre mondiale. Ses recherches se concentrent sur l’histoire militaire du Canada de 1885 à 1931 et contribuent aux expositions et autres projets. Mme Iacobelli s’intéresse particulièrement aux liens entre la guerre, l’identité nationale et la mémoire sociale.
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