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Peinture d’un homme aux cheveux gris, portant une veste et une casquette sombres, debout sur une plage au coucher du soleil, regardant le sol.

Pèlerinages de guerre : le voyage et le souvenir comme transformation de soi

Auteurs

  • Steve McCullough

Publié

13 janv. 2026


Les collections du Musée canadien de la guerre contiennent de nombreux documents relatifs aux expériences vécues en temps de guerre. Des aspects sociaux, politiques et personnels des conflits armés y sont abordés. Le rôle du Musée, en tant qu’institution de mémoire publique, est de se souvenir et de réfléchir. Or, ses spécialistes d’histoire réfléchissent également à la nature même du souvenir. En effet, la commémoration de la guerre par les ex-militaires et la société dans son ensemble a sa propre histoire.

Dans un article récent, l’historien Michael Petrou a exploré les pèlerinages de guerre. Il s’agit de la pratique consistant à visiter des sites militaires pour des raisons personnelles ou commémoratives. Nos collections offrent un regard sur ces voyages profondément personnels de deuil et de souvenance.

Painting of a grey-haired person wearing a dark jacket and cap, standing on a beach at sunset, looking down at the ground.

The Soldier Returns par David Whittaker.

Collection Beaverbrook d’art militaire, Musée canadien de la guerre, 20220010-001

La commémoration de la guerre est une histoire en soi. Les lieux de grands évènements militaires n’ont pas toujours été considérés comme importants. Les attitudes à leur égard n’ont que parfois été mémorielles et révérencieuses. Ce n’est qu’au milieu des années 1800 que les champs de bataille ont été décrits pour la première fois comme des lieux de commémoration sacrés. À peine 50 ans plus tôt, ils ne l’étaient pas du tout. Jusqu’alors, les personnes qui avaient péri durant la guerre étaient souvent enterrées dans des fosses communes et ignorées. Les tombes de la guerre anglo-boer de 1899 à 1902 ont fait l’objet de plus de soins et d’attention que celles de la bataille de Waterloo en 1815, par exemple.

L’impact traumatique de conflits tels que la guerre de Sécession aux États-Unis et la Première Guerre mondiale a eu une incidence sur les attitudes à l’égard des lieux de guerre. Le développement spectaculaire du tourisme et des voyages au milieu du 20e siècle a permis à un plus grand nombre de personnes de visiter ces lieux. Des gens y allaient par curiosité, lors de vacances, mais un nombre croissant s’y rendaient en raison de liens personnels avec l’héroïsme et la perte. En 1920, le Times rapportait que les visites de champs de bataille étaient souvent appelées « pèlerinages ».

Au fil des ans, divers lieux sont devenus des lieux de pèlerinage commémoratif pour la population canadienne. De ce nombre, nous pouvons notamment penser à la crête de Vimy et à la plage Juno. Pour leur part, les conflits plus récents, comme la guerre de Corée ou les nombreuses missions de maintien de la paix du Canada, ne comptent pas vraiment de lieux de pèlerinage importants. Les ex-militaires et leurs proches retournent néanmoins souvent dans ces pays lointains, même des décennies plus tard.

Une photo d’un jeune homme en uniforme militaire collée dans un album avec une fleur séchée montée sur une carte portant la mention « Arthur Campbell Wilkinson. Tué au combat à Caen, le 18 juillet 1944. »

Arthur Wilkinson a été tué au combat en Normandie en 1944. Ses parents ont voyagé en Europe en 1953 pour visiter des personnes qui l’ont connu, le lieu de sa mort et sa tombe. Ils ont documenté leur pèlerinage dans des journaux intimes et dans un album de coupures.

Collection d’archives George-Metcalf, Musée canadien de la guerre, 19830600–007

Dans de nombreux pèlerinages, les personnes sont autant l’objet de la visite que les lieux eux-mêmes. Les rencontres intergénérationnelles peuvent être des éléments profondément significatifs lorsque les gens visitent à nouveau un lieu de service militaire. Il en va de même pour la transformation d’une communauté ou d’un paysage ravagé par la guerre en un lieu de prospérité en temps de paix.

Revisiter un lieu de violence passée peut être transformateur. Le pèlerinage est un voyage extérieur qui permet de faire un travail intérieur, comme se souvenir, se réconcilier ou faire son deuil.

De nombreux objets de la collection du Musée canadien de la guerre témoignent de ces voyages émotionnels. Les œuvres d’art, les lettres, les albums, les objets et les récits oraux reflètent tous l’expérience complexe de se retrouver sur des sites de traumatismes personnels et collectifs.

Pour entendre certains de ces récits et en savoir plus sur ce sujet fascinant, lisez l’article de Michael Petrou : « “It Was Like a Dream”: War Pilgrimages in the Canadian War Museum’s Collections » dans Canadian Military History, vol. 33, no 1 (2024).

A very light-skinned adult man with short, greying hair and glasses.

Steve McCullough

Steve McCullough, Ph. D., est le stratège de contenu numérique pour le Musée canadien de l’histoire et le Musée canadien de la guerre. Son travail dans le domaine de la création de récits numériques repose sur la compassion et des actions fondées sur des preuves pour parler de l’histoire, de la notion de sens et de l’identité dans un environnement en ligne fragmenté et polarisé, mais aussi dynamique et étroitement lié.

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