À partir du 1er décembre, une preuve de vaccination pour toutes personnes âgées de 12 ans et plus sera exigée pour accéder aux expositions et à tous les espaces publics du Musée, ce qui inclut la participation aux évènements spéciaux.

Preuves acceptées : passeport vaccinal ou preuve de vaccination (électronique ou imprimée), avec une pièce d’identité spécifiant nom et date de naissance.

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Transcription : Une lettre de George Stonefish

Le Musée canadien de la guerre détient des millions d’objets dans la Collection nationale. Chacun raconte une histoire.

Cette lettre a plus de 100 ans. Elle a été écrite par un militaire canadien – le soldat George Stonefish – et envoyée à son ami John Orvall Hubbell pendant la Première Guerre mondiale. C’est un exemple d’un témoignage qui nous aide à comprendre ce que les gens vivent pendant une guerre.

Le soldat George Stonefish était membre de la Première Nation delaware de la réserve de Moraviantown, en Ontario. John Hubbell vivait à proximité, à Thamesville. Les deux hommes se sont envoyé des lettres tout au long de la guerre.

Stonefish a écrit sur tous les sujets – la météo, la nourriture et même ses cauchemars. Il a remercié son ami d’avoir envoyé du tabac et des sous-vêtements du Canada. Les deux ont échangé des histoires sur des personnes de leurs communautés voisines.

Stonefish a souvent décrit les conditions au front. « Nous attendons juste que les Allemands attaquent », écrivait-il en août 1915. Des renforts canadiens étaient récemment arrivés, mais il a précisé que leurs débuts au front avaient été rudes : « Malheureusement, certains d’entre eux sont déjà blessés. Certains ont été tués. Des balles et des obus de toutes sortes volent partout. Ils n’ont aucun répit. »

En avril 1916, il a décrit son retour d’une patrouille nocturne dans le no man’s land : « Nous avons sauté dans nos tranchées juste à temps, avant que les obus n’éclatent derrière la tranchée. » Après cette expérience où il a frôlé la mort, il semblait accepter sa mortalité, disant d’un ton songeur : « […] s’ils ne me tuent pas ici, je devrai rencontrer la mort un jour de toute façon. »

Les soldats devaient faire attention quand ils décrivaient leurs expériences pour que des secrets militaires ne tombent pas aux mains de l’ennemi. Des avertissements sobres, comme celui qui est imprimé en haut de cette lettre, leur rappelaient les consignes : « Ne mentionnez pas votre grade, bataillon ou brigade, les noms de lieux, les opérations prévues, les mouvements ou le nombre de soldats. »

Stonefish a combattu dans la seconde bataille d’Ypres, en avril 1915, une bataille meurtrière. Une lettre de mars 1916 envoyée à Hubbell laisse entendre qu’il pourra peut-être un jour lui parler de la bataille, mais à ce moment-là, tout ce qu’il pouvait dire, c’était qu’il était déjà allé à Ypres et qu’il y retournerait.

Les lettres étaient importantes pour les personnes qui étaient au Canada et celles qui servaient outre-mer. Les lettres provenant des premières lignes livraient des informations précieuses sur la guerre. Par exemple, certaines des lettres que Stonefish a envoyées à sa famille ont été publiées dans le journal local. Pour des soldats comme Stonefish, les lettres de leur famille étaient essentielles pour garder le moral et constituaient un lien crucial avec leurs communautés.

Le service postal était la seule voie de communication entre les familles au Canada et leurs proches dans les premières lignes. Le Service de la poste aux armées du Canada a été créé en 1911 pour transporter le courrier militaire. Au cours de la Première Guerre mondiale, les Canadiens et les Canadiennes ont envoyé environ 85 millions de lettres. Généralement, les lettres arrivaient à leur destination deux ou trois semaines plus tard.

Les lettres sont des sources importantes parce qu’elles ont été écrites par des témoins oculaires de l’histoire, donnant un aperçu unique de l’expérience humaine en temps de guerre. Dans le cas de la Première Guerre mondiale, plus de 600 000 Canadiens et Canadiennes ont servi, et des dizaines de milliers de lettres ont survécu. Chaque lettre est unique. Chacune nous dit quelque chose sur les hommes et les femmes qui ont servi, y compris beaucoup qui ne sont jamais rentrés.

La correspondance, comme celle de George Stonefish avec John Hubbell, aide à illustrer comment les soldats et la population canadienne ont donné un sens à une guerre mondiale qui a coûté des millions de vies. Les lettres donnent également accès à des voix qui ne sont pas toujours entendues dans les histoires officielles ou les rapports gouvernementaux.

Comme toutes les autres sources, les lettres doivent être lues d’un œil critique. Elles ont été écrites par des personnes qui avaient un point de vue unique. Tout comme les personnes qui écrivent des lettres aujourd’hui, celles qui le faisaient il y a 100 ans décidaient ce qu’elles allaient inclure et omettre. Elles ont peut-être écrit à la hâte, ou quand elles étaient vexées ou fatiguées. Malgré leurs limites, les lettres demeurent une des ressources les plus riches quand il s’agit de comprendre le passé.

Le Musée canadien de la guerre a des milliers de lettres dans sa collection d’archives.

Les lettres nous aident à comprendre le passé, notamment parce qu’elles nous donnent un aperçu des émotions des gens – de leurs espoirs et leurs craintes, de leurs joies et leurs chagrins. George Stonefish a terminé sa lettre du 8 avril 1916 en disant : « J’écrirai à nouveau si je suis encore en vie. » Ces quelques mots en disent long sur la vie d’un soldat pendant la Première Guerre mondiale.

Stonefish a survécu à la guerre. À l’âge de 45 ans, il a été déclaré « inapte à poursuivre le service pour des raisons médicales » et démobilisé. Après plus de trois ans de service, il est rentré chez lui en 1917, étant réputé pour sa grande compétence comme soldat.

De nombreux vétérans de la Première Guerre mondiale ont eu du mal à retourner à la vie civile. Il leur était difficile de faire face aux actes de brutalité dont ils avaient été témoins et auteurs. Certains ont dû vaincre le sentiment de culpabilité qu’ils éprouvaient pour avoir survécu alors que tant de camarades avaient été tués. D’autres n’ont tout simplement pas pu reprendre une vie stable après les bouleversements des années de guerre. De nombreux anciens combattants se sentaient à la dérive, et souvent incapables de parler de leur traumatisme. Chaque soldat et chaque infirmière avait sa propre histoire de guerre. Chaque ancien combattant a également dû relever ses propres défis.

Nous ne sommes pas sûrs de la situation particulière de George Stonefish quand il est revenu au Canada. Ce que nous savons, c’est qu’il est mort de froid près de son domicile le 17 février 1920 et qu’il a été enterré au cimetière de Moraviantown. Ses lettres de guerre demeurent un témoignage de son service.