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Transcription : Lettre datée du 19 février 1944

Extraits [traduction]

Guy, mon chéri,

Hier soir, la mère de Gordon Pike a téléphoné de Vancouver, à minuit et demi, pour dire que Gordon a été fait prisonnier de guerre en Allemagne! […] Mon Dieu, j’espère que cela signifie que tu as survécu aussi.

J’ai commencé à t’écrire, mais une fois le premier choc passé, j’avais tellement la mort dans l’âme en pensant à la nouvelle qui pouvait signifier la fin de ta vie, si précieuse, que je ne pouvais juste pas [?] continuer. […] Le pire dans tout cela, outre le fait que tu pourrais être blessé ou en danger, c’est que je ne peux pas t’aider, d’aucune manière. Si seulement je pouvais faire quelque chose, souffrir physiquement pour toi, pour t’aider d’une manière ou d’une autre. Mais tout ce qu’il me reste, c’est espérer et prier, prier et prier. J’ai parfois eu l’idée de me blesser, me disant qu’une douleur physique pourrait atténuer la souffrance mentale, mais c’est à la limite de la folie. D’une manière ou d’une autre, chaque jour passe, et chaque nuit, je reste éveillée pendant des heures à passer en revue toutes les possibilités, ou à penser à des choses qui auraient pu arriver. J’ai l’air d’avoir 10 ans de plus et j’ai perdu 15 livres, mais cela ne me dérange pas le moins du monde […] Si une bonne nouvelle me remonte bientôt le moral et tant que tu es en sécurité, je me moque de mon apparence. […] Tu le croirais si tu me voyais!

[…]

J’ai maintenant tellement honte de certaines lettres que je t’ai écrites — comment pourrais-je ajouter le fardeau de mon malaise à tes inquiétudes déjà énormes? Je me disais toujours « Si seulement Guy était de retour ici, nous pourrions être ensemble, prendre soin l’un de l’autre, et nous serions comblés », alors que j’aurais dû remercier Dieu que tu sois sain et sauf, et vivant. La vie ici est monotone, et les tâches s’accumulent jour après jour, mais cela fait prendre conscience à quel point on peut agir de manière inconsciente quand survient l’inimaginable. […]

Je me rends compte que cette nouvelle annonçant que Gordon Pike est en sécurité ne signifie pas nécessairement que tu l’es, toi, mais elle me donne beaucoup d’espoir : l’avion n’a pas explosé et n’a pas tué ou brûlé tout le monde — si quelqu’un a eu la chance de sortir, tu as sûrement pu le faire aussi, si tu n’étais pas blessé. Bien sûr, si l’équipage a quitté l’avion à quelques secondes d’intervalle, vous êtes à des kilomètres l’un de l’autre, là où vous avez atterri.

Ces pensées me traversent souvent l’esprit ces deux derniers jours et nuits. Au début, je pensais que moi aussi, je recevrais vite un télégramme, mais le temps a passé. J’attends anxieusement, sans qu’aucune nouvelle n’arrive. Il se peut que tu sois encore libre, et qu’on ne connaisse pas ton sort si tu n’as pas été pris. Mais, mon cher Guy, ne prends pas le risque de te faire tuer en essayant de t’enfuir. L’épreuve d’être prisonnier serait pénible, mais au moins, tu serais en vie et tu reviendrais un jour. Si tu étais mort, cela signifierait aussi la fin de ma vie, car jamais je ne pourrais aimer quelqu’un d’autre. Aucun autre ne pourrait être à la hauteur. Je perdrais à jamais la joie de vivre.

Reviens, s’il te plaît, mon Guy! Nous t’aimons tellement.

Peggy