Le Canada et la Première Guerre mondiale

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La fièvre de la guerre provoqua une hostilité généralisée à l’égard des Canadiens d’origine allemande et de leur culture.

Rejet de tout ce qui est allemand

Au cours de la première partie de la guerre, on observa des réactions brutales contre de nombreux éléments de la présence allemande au Canada. Des écoles publiques retirèrent l’enseignement de l’allemand de leur programme scolaire. Quelques orchestres refusèrent de jouer de la musique allemande. Des habitants de Winnipeg appelèrent les hamburgers « nips » pour éviter l’association avec une langue ennemie. Le torpillage du paquebot Lusitania en 1915, où moururent des centaines de civils, sembla confirmer l’opinion populaire que le Canada se battait pour une cause singulièrement noble contre une nation de barbares. De dangereuses émeutes à Victoria, Winnipeg et Montréal visèrent des entreprises et des magasins appartenant à des Allemands.

Mesures contre les « ennemis » au Canada

La propagande anti-allemande, les récits d’atrocités allemandes outre-mer et la crainte des saboteurs conduisirent de nombreux Canadiens à exiger de leur gouvernement qu’il les protège. C’est ainsi que 8579 « sujets d’un pays ennemi » furent internés derrière des barbelés pour éliminer la soi-disant menace, alors que des dizaines de milliers d’autres furent forcés de s’inscrire auprès des autorités et de respecter des règles de conduite strictes jusqu’à la fin de la guerre. Sir William Otter, le distingué soldat canadien qui supervisa l’opération d’internement, déclara que 8579 « sujets d’un pays ennemi » avaient été incarcérés dans des camps à travers le pays. Otter en considérait 3138 comme des « prisonniers de guerre », les autres étant des civils. La majorité des internés étaient d’origine ukrainienne.

L’éradication d’une culture : De Berlin à Kitchener

Berlin, ville de taille moyenne du sud-ouest de l’Ontario, comportait une importante population de Canadiens d’origine allemande et de nombreux mennonites, dont l’église pacifiste s’opposait au service militaire. Cette ville devint un foyer de troubles publics à cause de son nom et de la déloyauté présumée d’un grand nombre de ses citoyens allemands ou pacifistes. Des patriotes zélés retirèrent de son socle un buste du kaiser Guillaume II se trouvant dans le parc Victoria et le jetèrent dans le lac Victoria voisin. Des soldats du 118 e bataillon local saccagèrent et pillèrent des entreprises allemandes.

Au début de 1916, la Chambre de commerce locale recommanda que l’on change le nom de la ville pour symboliser l’engagement patriotique et dans l’espoir qu’un autre nom soit plus favorable aux affaires. Un comité municipal dressa une liste de dizaines de possibilités, dont « Amity », « Imperial City » et  Hydropolis », mais les évènements outre-mer suggérèrent une autre option. Le ministre britannique de la guerre, lord Kitchener, fut tué au début de juin en route vers la Russie quand son navire de guerre frappa une mine allemande. Seulement quelques centaines de citoyens votèrent lors du référendum qui suivit, mais ceux qui le firent choisirent Kitchener. Berlin, qui ne figurait pas sur le bulletin de vote, disparut de la carte le 1er septembre 1916. Des tentatives périodiques, pendant et après la guerre, de restaurer le nom originel échouèrent.

Atrocités allemandes réelles et imaginaires

Dès le début de la guerre, la plupart des Canadiens diabolisèrent l’ennemi. Ils crurent les histoires et les rumeurs venues d’outre-mer sur des crimes de guerre allemands et prirent pour argent comptant ce qui s’avérerait dans l’ensemble n’être que des histoires inventées d’atrocités allemandes en Belgique, particulièrement celles concernant des femmes et des enfants. Les nouvelles de lourdes pertes et de l’utilisation d’une nouvelle arme abominable, le gaz toxique, lors de la deuxième bataille d’Ypres en avril 1915, rallièrent l’opinion publique contre l’Allemagne et convainquirent encore davantage les Canadiens de la barbarie foncière de l’ennemi. La propagande de guerre renforçait les stéréotypes dont l’ennemi était affublé et gommait intentionnellement la frontière entre la réalité et les insinuations utiles.

LeLusitania et Edith Cavell

Les récits d’atrocités allemandes n’étaient pas tous faux ou exagérés. En mai 1915, un mois après le choc d’Ypres, un sous-marin allemand coula le paquebot de luxe Lusitania au large des côtes d’Irlande. Près de 1200 civils périrent, dont des centaines de Canadiens et plus de 90 enfants. L’exécution par les Allemands de l’infirmière britannique Edith Cavell en octobre 1915 pour avoir aidé des soldats alliés à fuir la Belgique occupée indigna encore davantage les Canadiens et donna à l’effort de guerre un martyr convaincant. Cavell devint la perte féminine la plus célèbre de la guerre. Au Canada seulement, une montagne, plusieurs écoles, un institut de sciences infirmières, des rues et plusieurs pavillons hospitaliers furent nommés en son honneur.

Stigmatisation de la Kultur allemande

La propagande du temps de guerre fit bientôt de la Kultur (culture) allemande une insulte accablante, la prédisposition à la guerre, la cruauté et l’appétit de destruction mettant l’Allemagne au banc des nations civilisées. Des mesures contre un tel ennemi étaient plus que justifiées, hurlaient les images : elles étaient indispensables.

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