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La foi et la diversité religieuse dans les forces armées

Préparé par : Joanne Benham Rennick, Université Wilfrid Laurier

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Survol historique

La foi et la religion ont toujours fait partie de la vie des militaires du Canada. Dans le passé, le christianisme, en particulier les confessions protestantes et catholiques, a façonné de nombreuses valeurs et coutumes de la vie militaire. Mais la diversité du Canada s’est accrue, tout comme celle de ses forces armées. Aujourd’hui, des personnes d’horizons très divers servent dans les Forces canadiennes. L’armée soutient également les personnes spirituelles ou non religieuses.

L’influence religieuse au début

Dans le passé, la religion était étroitement liée à la vie militaire canadienne. Les valeurs du devoir, du sacrifice et du service étaient souvent appariées aux enseignements religieux. La plupart des membres des forces armées étaient chrétiens, et les règles, les traditions et le commandement reflétaient cette réalité.

Pendant la Première Guerre mondiale, des membres du clergé chrétien se sont engagés dans les forces armées pour soutenir les soldats. Des 400 aumôniers qui ont servi à l’étranger, plus de 350 étaient de confession protestante. Notamment un pasteur baptiste qui a servi dans le Bataillon de construction no 2, une unité ségréguée composée de militaires du rang noirs et d’officiers majoritairement blancs, et d’un pasteur anglican métis de l’ouest du Canada. Il n’y avait pas d’aumôniers juifs permanents, mais des rabbins rendaient visite aux soldats, qui pouvaient également fréquenter les synagogues locales. Les autres aumôniers étaient de confession catholique ou orthodoxe.

Ensemble, ces chefs religieux organisaient des services religieux, offraient des conseils et offraient des cérémonies funéraires religieuses. Ils participaient également aux tâches quotidiennes, comme la rédaction de lettres pour les soldats ou la défense de leurs besoins. Les prières et les services chrétiens étaient courants avant les batailles et pendant les rassemblements.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la religion était devenue un élément essentiel de la vie militaire canadienne, avec 137 ecclésiastiques protestants et 162 ecclésiastiques catholiques employés à temps plein. Bien que de plus en plus de non-chrétiens s’engageaient dans les forces armées, il a fallu du temps pour que leurs besoins religieux et spirituels soient pris en compte.

Un Canada plus diversifié

Les croyances religieuses de la population canadienne ont évolué en raison de l’immigration et de l’évolution des valeurs, et les forces armées ont elles aussi changé. De plus en plus de personnes non chrétiennes sont arrivées au pays, notamment des gens issus des communautés juives, musulmanes, sikhes, hindoues et bouddhistes. Par la même occasion, de plus en plus de personnes canadiennes s’éloignaient des religions organisées. Les peuples autochtones du Canada ont toujours servi dans les forces armées, mais leurs pratiques spirituelles ont souvent été négligées dans le passé.

Un changement important a été l’expansion du service d’aumônerie, qui fournit des soins religieux et spirituels aux militaires. En 1981, la révérende Georgina Kling est devenue la première femme aumônière protestante à se joindre à cette branche. L’année suivante, l’assistante pastorale Huguette Roy est devenue la première femme aumônière catholique. Cette branche comprend désormais des aumôniers de différentes confessions religieuses et origines culturelles. En 2003, le capitaine Suleyman Demiray est devenu le premier aumônier musulman. Aujourd’hui, les aumôniers sont issus de traditions religieuses chrétiennes, juives, musulmanes, autochtones, bouddhistes et autres. Ils servent dans les Forces régulière et de réserve et travaillent souvent avec des groupes religieux civils. Il est ainsi plus facile pour tous les militaires d’obtenir le soutien dont ils ont besoin sur les plans spirituel, émotionnel et moral.

Améliorer le soutien et l’adaptation

Les forces armées se sont également efforcées de mieux soutenir les pratiques religieuses. Depuis le début des années 2000, les cérémonies militaires officielles, telles que la consécration du Cimetière militaire national, réunissent des dirigeants des traditions bouddhiste, chrétienne, autochtones, hindoue, juive, musulmane et sikhe. En 2005, la Branche des aumôniers a créé un badge plus inclusif et a introduit une version musulmane et juive. En 2006, la chapelle chrétienne de la base des Forces canadiennes d’Halifax a été agrandie pour inclure un espace de culte multiconfessionnel appelé le « Lieu de rassemblement ». En 2007, la base des Forces canadiennes de Shilo a créé le « Centre de la Foi » pour répondre aux besoins des groupes non chrétiens de la base. Il abrite également une « Maison du cercle d’unité » autochtone, qui propose des cérémonies de la loge de sudation et d’autres services. En 2022, Marie-Claire Khadij est devenue la première aumônière humaniste, en reconnaissance du nombre croissant de personnes spirituelles, mais non religieuses. Aujourd’hui, les militaires peuvent porter des symboles de leur foi, comme des turbans et des barbes pour les sikhs, des hijabs et des uniformes plus amples pour les femmes musulmanes, et de longues tresses traditionnelles pour les militaires autochtones. Les militaires peuvent recevoir des repas spéciaux, tels que des repas casher, halal ou végétariens, et ont le droit de prier et de célébrer les fêtes religieuses lorsque c’est possible.

Les aumôniers veillent à ce que ces droits soient respectés et peuvent, si nécessaire, mettre les militaires en contact avec des chefs spirituels externes aux forces armées.

Foi, valeurs et vie militaire aujourd’hui

Aujourd’hui, les Forces canadiennes comprennent que la foi et la spiritualité ont des significations différentes selon les personnes. Pour certains, la religion est une source de force et de conseils. Pour d’autres, les valeurs personnelles sont plus importantes que les croyances religieuses.

Les aumôniers offrent toujours un soutien religieux, mais ils répondent également aux préoccupations émotionnelles et morales de tous les militaires, quelles que soient leurs croyances. L’armée a également mis en place des règles visant à prévenir la discrimination fondée sur la religion ou sur l’absence de religion.

Perspectives d’avenir

L’évolution du Canada entraine l’évolution de ses forces armées. La foi et la diversité religieuse restent importantes afin que toutes les personnes militaires se sentent respectées, soutenues et valorisées pour ce qu’elles sont et ce qu’elles croient.

Photo au haut de la page :

Joanne Yuasa, la première aumônière bouddhiste des Forces armées canadiennes, se tient devant la chapelle du Centre de remise en forme spirituelle multiconfessionnel de la Base des Forces canadiennes Kingston.

Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Victoria University, Université de Toronto.

Leur histoire : Témoignages d'ex-militaires du Canada et de leurs proches est un projet d’histoire orale sur la vie après-guerre et après-service. Il comprend plus de 200 entrevues, dont une sélection est présentée dans cette exposition en ligne. Les transcriptions complètes et les détails de toutes les entrevues de Leur histoire sont disponibles dans le catalogue en ligne du Musée canadien de la guerre : Recherche dans la collection. Vous pouvez également demander l’accès aux enregistrements audios et vidéos des entrevues par l’intermédiaire du Centre de recherche sur l’histoire militaire du Musée canadien de la guerre : mhrc-crhm@museedelaguerre.ca

Leur histoire : témoignages d'ex-militaires du Canada et de leurs proches est généreusement soutenu par la famille A. Britton Smith; la Fondation Azrieli; Arthur B.C. Drache, C.M., c. r. et Judy Young Drache; La Légion royale canadienne; la Fondation nationale Légion; Les Amis du Musée canadien de la guerre; la Fondation Crabtree; Robert Stollery, en l’honneur de son service pendant la Seconde Guerre mondiale; le colonel (retr.) Stanley A. Milner, O.C., A.O.E., M.S.M., C.D., LL.D.; et des personnes de partout au Canada.