Des vœux du front

Le 26 décembre 2010

Il avait 25 ans; elle en avait tout juste 20. Lui, soldat Martin John Suter; elle, Florence (Flo) Reid. Ils étaient jeunes et amoureux, mais une guerre…et un océan les séparaient. Qu’à cela ne tienne : des centaines de cartes postales ont permis de garder la flamme ardente. Broderies et baisers racontent l’histoire d’un couple, d’une époque, et d’une industrie fleurie…et florissante.

L’amour au petit point

Tout au long de la Première Guerre mondiale, un flot incessant de lettres et de cartes postales traversait l’Atlantique. Ces quelques mots, souvent griffonnés par de jeunes soldats illettrés, étaient le seul contact avec la famille et les amis. Ils y parlaient de tout et de rien, mais surtout de l’ennui qui les tiraillait et de l’amour qui les habitait.

Les cartes, généralement ornées d’un simple dessin ou d’une photo noir et blanc, coûtaient à peine un sou; on en écrivait des dizaines qui étaient ensuite rassemblées dans une enveloppe à destination du Canada. Mais les grandes déclarations d’amour et les vœux des Fêtes méritaient mieux : des cartes postales dans lesquelles s’encadrait un carré de soie brodé à la main, parfois aussi doté d’une délicate pochette dans laquelle on pouvait glisser une photo ou un petit mot doux.

Populaires surtout en France et en Belgique, ces petits bijoux de finesse valaient l’équivalent d’une journée de salaire. Mais qu’à cela ne tienne, un amoureux comme Martin Suter en enverrait des centaines à sa dulcinée. Et quand venaient Noël et le Nouvel An, elles arboraient tous les symboles de circonstance : du gui et du houx, étroitement associés à cette période de l’année; des roses rouges pour l’amour; du myosotis, qu’on appelle « forget-me-not », en anglais; et des violettes, symboles du souvenir et de la fidélité.


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Pour qui tous ces baisers?

Le Musée canadien de la guerre possède un nombre impressionnant de ces magnifiques cartes brodées. Mais la collection Suter retient l’attention, tant par sa richesse que par sa petite histoire.

En 1967, une boîte de carton est découverte le long de l’autoroute 401. Dans cette boîte, des dizaines de cartes postales décorées de soie brodée datant de la Première Guerre mondiale. Le verso des cartes brodées est couvert de mots tendres, écrits dans un anglais très approximatif, et toujours décoré de dizaines de baisers. Un amour pur, presque naïf, qui se bat contre l’absence.

Quelques années plus tard, ces cartes ont fait leur chemin jusqu’au Musée où le Centre de recherche sur l’histoire militaire s’est mis en quête d’en retrouver l’origine. Qui étaient ce Mart et cette Flo? De longues fouilles les ont finalement menés au soldat Martin Suter et à sa douce Florence.

En remontant le cours de leur histoire, on apprend que les cartes de soie auront eu raison des difficultés : le 30 avril 1919, la guerre terminée, Martin et Florence se sont mariés à Galt, en Ontario. Leur histoire d’amour durera jusqu’à la mort de Martin, en 1955. Florence le suivra en 1967 et c’est dans le déménagement de ses effets personnels que la boîte au trésor s’est retrouvée en bordure de l’autoroute.

Trois générations de Suter ont été réunies au Musée pour revivre, à travers les mots, l’amour dont ils sont nés. Les cartes sont parfois présentées dans certaines expositions des musées de la guerre et de la poste, mais il est aussi possible, sur rendez-vous, d’en admirer toute la beauté et la touchante histoire d’amour qu’elles racontent.

Pour en apprendre plus sur la collection de cartes postales du Centre de recherche sur l’histoire militaire ou pour prendre rendez-vous, communiquez avec l’équipe du Centre de recherche au vimy.biblio@museedelaguerre.ca.