Des hommes et des bêtes

Le 26 avril 2011

Son nom était Winnipeg, en l’honneur de la ville d’origine de son acquéreur, le capitaine Harry Colebourn, vétérinaire de l’armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale. Colebourne lui a fait traverser l’Atlantique, mais avant de partir au front, il a dû laisser la petite ourse en pension au zoo de Londres. Nul ne savait alors qu’elle ferait le bonheur de millions d’enfants, pendant les décennies à venir, sous le pseudonyme célèbre de…Winnie l’ourson. Comme quoi les mascottes régimentaires nous réservent bien des surprises!

Le chien, le bouc et le soldat
Si aucune autre mascotte n’a eu droit à l’immense célébrité de l’ourse Winnipeg, plusieurs ont marqué l’histoire de leur régiment. Ce fut le cas de Gander, un chien terre-neuve, mascotte du Royal Rifles of Canada. Promu au grade de « sergent », le molosse s’embarqua avec ses camarades soldats, direction Hong Kong. Une nuit de décembre 1941, alors que les Canadiens combattaient désespérément les forces japonaises, Gander prouva tout son courage : ayant aperçu une grenade lancée près de soldats canadiens blessés, il s’en empara pour l’éloigner du groupe. Mais la grenade explosa…

En 2000, les anciens combattants d’Ottawa ont décidé d’honorer Gander et de le décorer, de façon posthume, de la médaille Dickin. Considérée comme la Croix de Victoria pour animaux, cette médaille militaire britannique est décernée à des animaux qui se sont illustrés par leurs actions en temps de guerre. Gander est le premier chien canadien à avoir été honoré de cette médaille.

Autre mascotte célèbre s’il en est, Batisse le bouc fait, encore aujourd’hui, le bonheur des petits et grands qui visitent la Citadelle de Québec. Mascotte du Royal 22e Régiment, il participe activement aux activités protocolaires de son régiment, paradant fièrement dans ses habits d’apparat. Les Batisse se succèdent à la Citadelle depuis 1955, alors que la reine Élizabeth II a offert au régiment un bouc issu du troupeau royal. Dixième du nom, l’actuel Batisse a été officiellement présenté par Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean le 23 septembre 2006. Si Batisse n’a jamais connu les affres du champ de bataille, il n’en fait pas moins la fierté de son régiment.

Bien d’autres mascottes ont honoré les rangs de l’Armée canadienne et leurs histoires sont tout aussi fascinantes. Mais qu’est-ce qui amenait les soldats à s’embarrasser ainsi de bêtes à quatre pattes?


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Zoothérapie militaire
Imaginez que vous êtes dans la fleur de l’âge, amoureux, en santé. Une grande guerre éclate et votre destin bascule : vous voici prêt à partir pour le front, laissant derrière vous fiancée, famille, amis. Quelques larmes retenues; une grande fierté; mais aussi beaucoup d’angoisse et d’incertitude. Un petit chat, embarqué sur le bateau pour chasser les rats, devient vite un compagnon de voyage prêt à recevoir toutes vos confidences en échange d’un peu d’affection.

Ainsi donc, les animaux pouvaient avoir des « tâches » précises – protéger les provisions pour certains chats; chercher les blessés pour quelques chiens accompagnant les ambulances de campagne –, d’autres étaient simplement les animaux de compagnie de soldats qui les embarquaient pour se distraire. Mais dans le tumulte de la guerre, ces bêtes devenaient vite une présence rassurante, un ami fidèle, un porte-bonheur et un souvenir du pays. Ils devenaient de véritables membres du régiment dont les soldats en faisaient la mascotte.

Parmi les trésors de sa collection, le Centre de recherche sur l’histoire militaire possède des photos d’époque pour le moins étonnantes : chiens, chats, boucs, ours de toutes tailles trônent fièrement parmi leurs amis militaires. Une véritable Arche de Noé pour remonter le moral des troupes!

Pour en apprendre plus sur la collection de mascottes régimentaires du Centre de recherche sur l’histoire militaire ou pour prendre rendez-vous, communiquez avec l’équipe du Centre de recherche au vimy.biblio@museedelaguerre.ca.