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La Marine royale du Canada et la bataille de l’Atlantique, 1939-1945

Dépêches: Documents d’information sur l’histoire militaire du Canada

Roger Sarty, Ph.D
La bataille de l’Atlantique a été la plus longue campagne de la Deuxième Guerre mondiale, et la plus importante. Le Canada en a été l’un des principaux participants: l’énorme effort de notre pays dans ce conflit a été décisif pour la victoire des Alliés. Les navires et le personnel de la Marine royale du Canada (MRC) ont sillonné toutes les mers du globe pendant la guerre, mais on se souvient surtout d’eux pour leurs exploits dans la bataille de l’Atlantique.

La survie de la Grande-Bretagne et la libération de l’Europe occidentale de l’occupation allemande étaient en jeu. Pour que la Grande-Bretagne échappe à la famine et que, affermie, elle devienne la rampe de lancement pour la libération de l’Europe, approvisionnements, troupes et matériel devaient être envoyés du Canada et des États-Unis. Tout devait être transporté dans de vulnérables navires marchands affrontant le feu de forces navales ennemies. Territoires amis les plus proches de la Grande-Bretagne, la côte est du Canada et Terre-Neuve (qui n’était pas encore entrée dans la confédération) se trouvaient en première ligne dans la bataille de l’Atlantique. La marine et la marine marchande du Canada, augmentées de marins terre-neuviens, ont joué les premiers rôles dans la bataille tout au long de la guerre.

Lorsque la Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, la marine allemande, qui avait disposé des U- Boot (sous-marins) et de puissants navires de guerre dans l’Atlantique, a commencé à attaquer les navires marchands britanniques. Halifax, la base atlantique de la minuscule marine du Canada, est immédiatement devenu un indispensable port allié, à partir duquel on pourrait livrer la bataille de l’Atlantique. Au cours de la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918, les Britanniques avaient envoyé une force importante à Halifax pour protéger la navigation dans l’Atlantique, et en 1939, ils ont fait de même. Des navires marchands battant divers pavillons en route pour la Grande-Bretagne venaient également à Halifax, où le bassin Bedford offrait un magnifique ancrage sûr où les navires pouvaient être organisés en convois, qui partaient ensuite sous la protection de navires de guerre alliés. Le système des convois avait prouvé sa valeur pendant la Première Guerre mondiale. HX-1, le premier des centaines de convois qui allaient traverser l’Atlantique au cours de la Deuxième Guerre mondiale, a quitté Halifax le 16 septembre 1939.

En septembre 1939, la marine du Canada ne comptait que 3500 marins, réguliers ou de réserve, et six navires de guerre transocéaniques, les destroyers de classe «River» Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Fraser, Ottawa, Restigouche, Saguenay, St-Laurent et Sheena. Un septième bâtiment de classe «River», le NCSM Assiniboine, s’est joint à la flotte en octobre. Tous ces navires avaient été construits en Grande-Bretagne, le Saguenay et le Skeena conformément à des caractéristiques canadiennes spéciales. Les destroyers figuraient parmi les plus petits des navires océaniques à part entière, mais ceux de classe «River» étaient tout à fait modernes — rapides et puissamment armés. Dans les premiers mois de la guerre, les destroyers canadiens ont escorté les convois, et aussi de grands navires de guerre alliés, dans les eaux côtières canadiennes.

En 1939, les autorités britanniques et canadiennes croyaient que la marine du Canada ne pourrait se développer que de manière modeste, et qu’elle se cantonnerait surtout dans des opérations le long des côtes d’Amérique du Nord. Au début de 1940, le gouvernement a commandé la construction de 92 petits navires de guerre: 64 «corvettes», bâtiments d’escorte anti-sous-marins armés de grenades anti-sous-marines, et 28 dragueurs de mines de classe «Bangor». Ces navires plutôts lents et rudimentaires étaient toutes que l’industrie de la construction navale du Canada pouvait produire, mais ils convenaient pour patrouiller l’entrée des ports ainsi que les routes côtières, où les sous-marins ennemis pouvaient très facilement trouver des navires à attaquer.

Les offensives allemandes du printemps de 1940 qui ont conduit à la conquête de la plus grande partie de l’Europe occidentale, et l’entrée de l’Italie en guerre au côté de l’Allemagne en juin de cette même année, ont transformé le conflit, et tout particulièrement en mer. Depuis des bases en France et en Norvège, aux portes de la Grande-Bretagne, la flotte de sous-marins allemande, augmentée de sous-marins de l’Italie, le partenaire de l’Allemagne au sein de l’Axe, a lancé des attaques dévastatrices contre la navigation trasatlantique dont la survie de la Grande-Bretagne dépendait maintenant totalement. Le Canada a envoyé d’urgence quatre des destroyers de classe «River» dans les eaux britanniques, où ils ont protégé les convois au large des côtes occidentales des îles Britanniques contre les intenses attaques des sous- marins et des avions ennemis.

Entre temps, à l’automne de 1940, le gouvernement canadien s’est lancé dans un programme d’expansion navale de grande envergure et a mis en chantier d’autres corvettes et Bangor dès le lancement des premiers. Le Canada a aussi commencé à construire des navires marchands. La Marine royale du Canada a aussi aidé la Royal Navy, qui était à court, en reprenant sept des cinquante destroyers de la Première Guerre mondiale que les États-Unis, encore neutres, avaient mis à la disposition de la Grande- Bretagne. Le Canada, malgré le fait que ses côtes se trouvaient maintenant presque dépourvues de protection, a dépêché les quatre meilleurs de ces vieux destroyers dans les eaux britanniques, avec les dix premières corvettes sorties des chantiers navals canadiens. Il est vite devenu évident que les vieux navires américains et les nouvelles corvettes, qui n’étaient que partiellement équipées et avaient pour équipage d’anciens marins marchands n’ayant reçu qu’un entraînement naval de base et des recrues non aguerries, ne seraient tout à fait utilisables qu’après des travaux considérables et beaucoup de temps.

Le temps pressait. En 1941, les Allemands, faisant face à de plus solides défenses dans les eaux britanniques, ont mis au point des techniques très efficaces pour intercepter des convois en plein océan, où ils étaient au mieux faiblement escortés. La couverture aérienne ne s’étendait pas sur tout l’Atlantique, et les secteurs au milieu de l’océan, au-delà du rayon d’action des avions alliés en patrouille, est devenu un terrain de chasse pour les U-Boot. Les sous-marins patrouillaient en longues lignes et, lorsque l’un d’eux apercevait un convoi, il le suivait et faisait venir les autres sous-marins. Ils attaquaient ensuite en groupe – véritable «meute de loups» – la nuit et à la surface, leur silhouette basse étant presque invisible pour les navires d’escorte. Les U-Boot étaient beaucoup plus rapides en surface que sous l’eau, et ils pouvaient donc se déplacer rapidement à travers un convoi, lançant des attaques multiples et coulant parfois avec des torpilles trois, voire quatre, navires d’un coup.

En réponse à la demande d’aide de la Grande-Bretagne, le Canada, à partir de mai 1941, s’est lancé dans la construction d’une nouvelle base navale à St. John’s (Terre-Neuve) et a ravitaillé la plupart des navires de guerre qui escortaient des convois sur les 3000 kilomètres d’océan entre Terre-Neuve et les îles Britanniques. Tous les navires de guerre canadiens qui avaient patrouillé dans les eaux britanniques sont venus à Terre-Neuve et, au fur et à mesure que de nouvelles corvettes sortaient des chantiers navals canadiens, elles se lançaient dans de pénibles missions d’escorte transatlantique avec un équipement incomplet et un équipage presque sans entraîn- ement. De petits navires conçus pour les calmes eaux côtières, avec certains membres d’équipage pas du tout formés à cette tâche, devaient faire face à des attaques ennemies massées dans certaines des eaux de haute mer les plus tempétueuses du monde.

La pression sur les ports de la côte est du Canada s’est accrue rapidement. Un nombre croissant de navires s’intégraient au système des convois, et beaucoup de ceux-ci étaient de vieux navires qui avaient constamment besoin de réparations et de services spéciaux. Il fallait s’occuper d’eux, même si Halifax, Sydney (devenu en 1940 un port de convois aussi actif que Halifax), Saint John, Pictou et d’autres centres plus petits étaient déjà débordés par les réparations des navires marchands et des bâtiments de guerre endommagés par l’ennemi ou par les grosses mers. Pendant ce temps, la base de Halifax avait la responsabilité supplémentaire d’équiper en personnel et en matériel les dizaines de nouveaux Bangor et corvettes qui sortaient des chantiers du Saint-Laurent et des Grands Lacs.

Les hommes et les navires étaient mis à l’épreuve au-delà de leurs capacités, avec un équipement insuffisant ou inadéquat, un entraînement insuffisant, et pas assez de temps pour récupérer des horreurs auxquelles ils assistaient souvent lorsque des navires explosaient et que les survivants gelaient à mort en quelques minutes dans les eaux glaciales de l’Atlantique nord. Mais les marins exténués et leurs petits navires n’avaient droit à aucun répit. Après l’entrée en guerre des États-Unis contre les puissances de l’Axe à la suite de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la marine allemande a lancé une offensive sous-marine majeure contre la côte d’Amérique du Nord. Dans le cadre de cette offensive, au début de janvier 1942, huit U-Boot se sont approchés des rivages du sud de Terre-Neuve et de Nouvelle-Ecosse, et ont torpillé des navires à quelques kilomètres de la terre. La réaction rapide et efficace de la MRC, qui a organisé en convois locaux l’essentiel de la navigation côtière, a vite persuadé les Allemands de se concentrer sur la côte américaine, qui était moins défendue. Néanmoins, des U-Boot ont été présents dans les eaux du Canada et de Terre-Neuve pendant une grande partie de 1942; ils demeuraient cachés, échappaient aux défenses canadiennes, à la recherche d’objectifs inopinés. Ils ont détruit plus de 70 navires, dont 21 dans le golfe du Saint-Laurent, où les eaux profondes et turbulentes aidaient les sous-marins à demeurer invisibles.

Le poids qu’avait à supporter la flotte canadienne est vite devenu excessif. Étant donné que les États- Unis, la source de beaucoup des approvisionnements destinés à la Grande-Bretagne, étaient maintenant en guerre, les convois HX ont été transférés à New York à l’été de 1942. La marine américaine n’était cependant pas encore en mesure de les défendre, de sorte que des navires de guerre canadiens basés à Halifax les escortaient de New York à Terre-Neuve, et rencontraient près de Terre-Neuve les convois se dirigant vers l’ouest et les accompagnaient jusqu’à New York. Ces tâches s’ajoutaient à celles liées au réseau complet de convois côtiers entre les ports du Canada et du nord des États-Unis. Des navires d’escorte canadiens continuaient aussi de constituer une part importante de la force océanique qui amenait les convois de Terre-Neuve jusque dans les eaux britanniques, et, à l’été et à l’automne 1942, ces corvettes et ces destroyers ont affronté une nouvelles offensive des «meutes de loups» allemandes plus forte encore que l’assaut de 1941.

Au début de 1943, la Grande-Bretagne a retiré les groupes d’escorte océanique délabrés du Canada dans les eaux britanniques pour permettre aux groupes de «soutien» britanniques aguerris de chasse anti-sous-marine de détruire les meutes de loups. LaMRC avait besoin de moderniser sa flotte d’escorte avec de nouvelles techniques de détection et d’armement, ce que les Britanniques avaient déjà fait avec la plupart de leurs navires d’escorte. En fait, les groupes canadiens n’ont guère eu la possibilité de se reposer dans les eaux britanniques étant donné qu’ils se sont engagés fortement sur la ligne de convois entre la Grande-Bretagne et Gibraltar avant de retourner à la bataille de l’Atlantique nord. Cet effort britannique maximum, avec l’aide des Canadiens, a été un succès, et l’amiral Karl Dönitz, le commandant en chef allemand de la flotte de U-Boot, a retiré ses forces du centre de l’Atlantique nord en mai 1943. Cela a été un tournant décisif de la guerre, mais les Allemands avaient toujours 200 U-Boot à leur disposition et ils n’ont pas tardé à utiliser du nouveau matériel et de nouvelles tactiques pour défier les défenses alliées.

Les Alliés, pendant ce temps, ont reconnu la contribution importante et croissante du Canada dans la guerre en mer en faisant des eaux canadiennes et terre-neuviennes un théâtre d’opérations distinct sous commandement canadien (le commandement était exercé jusque-là par un amiral américain basé à Terre-Neuve). Le contre-amiral L.W Murray a établi le quartier général canadien de l’Atlantique du nord-ouest à Halifax le 30 avril 1943.

On avait un urgent besoin de tous les navires de guerre et navires marchands que le Canada pouvait produire pour transporter les approvisionnements en Grande-Bretagne en vue du rassemblement final de forces alliées pour l’invasion de la Normandie, le début de la libération de la France et du nord- ouest de l’Europe. En témoignage de son efficacité considérablement accrue grâce à du matériel et à des navires nouveaux (des escorteurs anti-sous-marins, authentiques navires océaniques basés sur les corvettes, mais beaucoup plus gros, se sont joints à la flotte en nombre croissant), la MRC, au cours du premier semestre de 1944, a assumé la responsabilité entière de l’escorte des convois de l’Atlantique nord vers la Grande-Bretagne. La marine a aussi envoyé un grand nombre de ses meilleurs navires d’escorte, dont les vénérables destroyers de classe «River», dans la Manche pour soutenir l’invasion, laquelle a eu lieu le 6 juin 1944. Plus de 100 navires de la MRC, des grands destroyers aux transports de troupes, ont participé aux débarquements de Normandie.

Les U-Boot n’ont guère eu de succès contre la flotte du débarquement, mais ils ont pu, avec de nouveaux tubes de respiration (les «schnorchels») permettant aux sous- marins de «respirer» et de naviguer sous l’eau des semaines à la fois, accentuer leur offensive dans les eaux côtières de Grande-Bretagne et du Canada jusqu’à la fin du conflit. La flotte canadienne a ainsi été continuellement et fortement engagée dans les eaux canadiennes et terre-neuviennes, et a protégé les convois transatlantiques alors énormes qui approvisionnaient les armées alliées en Europe. Ce fut là une contribution militaire essentielle à la cause alliée. En outre, la marine a maintenu ses engagements dans les eaux côtières britanniques et européennes et escorté des convois vers l’Union soviétique le long de la dangereuse et impitoyable route arctique.

En dépit du fait que le vent avait tourné, la flotte de sous-marins allemande continuait à attaquer efficacement. En effet, en 1944 et 1945, la flotte canadienne a subi ses plus lourdes pertes dans des combats contre des sous-marins utilisant des tactiques d’évasion sophistiquées et armés de nouvelles torpilles puissantes. Parmi les navires détruits par des U-Boot équipés de schnorchels figuraient la corvette NCSMShawinigan, dont aucun des 91 membres d’équipage n’a survécu, qui a péri au large, tout près de Port aux Basques (Terre-Neuve), dans la nuit du 24 novembre 1944, le dragueur de mines de classe Bangor NCSM Clayoquot, à proximité de Halifax la veille de Noël 1944, et le NCSM Esquimalt, un autre Bangor qui a péri tout près de Halifax le 16 avril 1945, à peine trois semaines avant la capitulation de l’Allemagne. Les deux Bangor ont coulé avec de nombreuses pertes de vie, beaucoup de marins ayant péri victimes des eaux mortellement froides au large de la Nouvelle-Écosse.

Dans les derniers mois de la guerre, la MRC avait atteint des effectifs de plus de 95 000 personnes, dont 6 000 membres du Service féminin de la Marine royale du Canada, et la flotte engagée dans la bataille de l’Atlantique comprenait environ 270 navires d’escorte océaniques. Le Canada possédait la troisième plus importante marine au monde après celles des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Le témoignage le plus important de son succès a été la circulation en toute sécurité pendant la guerre de plus de 25 000 navires marchands sous escorte canadienne. Ces cargos ont livré près de 165 millions de tonnes d’approvisionnements à la Grande- Bretagne et aux forces alliées qui ont libéré l’Europe. Au cours de ces opérations, la MRC a coulé 31 sous-marins ennemis ou participé à leur destruction. Pour sa part, la MRC a perdu 14 navires de guerre attaqués par des U-Boot et huit autres navires dans des collisions ou d’autres acidents dans l’Atlantique nord. La plupart des 2000 membres de la Marine royale du Canada qui ont perdu la vie sont morts au combat dans l’Atlantique. Proportionnellement, les marins de la marine marchande canadienne ont beaucoup plus souffert, car ils ont perdu un homme sur dix parmi les 12 000 qui ont servi à bord de navires marchands canadiens et alliés.

Lectures complémentaires

  • Musée canadien de la guerre, La Démocratie en guerre : Les journaux canadiens et la Seconde Guerre mondiale, La bataille de l’Atlantique
  • Alan Easton, 50 North: An Atlantic Battleground, Toronto, Ryerson, 1963.
  • Michael Hadley, U-Boats Against Canada, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1985.
  • Marc Milner, North Atlantic Run: The Royal Canadian Navy and the Battle for the Convoys, University of Toronte Press, 1985.
  • Marc Milner, The U-Boat Hunters, University of Toronto Press, 1994.
  • Roger Sarty, Le Canada et la Bataille de l’Atlantique, Montréal, Art Global, 1998.
  • Joseph Schull, Lointains navires, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1950.
  • G.N. Tucker, The Naval Service of Canada, Volume Il, Ottawa, King’s Printer, 1952.